mardi 6 novembre 2007

ITALIE Eternit/Victimes de l'amiante/Le procureur italien salue la décision suisse

Le procureur de Turin Raffaele Guariniello a salué la décision suisse de lui remettre les dossiers de la Suva sur les ouvriers exposés à l'amiante dans les usines Eternit. Ils doivent lui permettre de boucler son enquête sur des Italiens morts après avoir travaillé à Payerne ou Niederurnen (GL). «C'est une décision très importante», a déclaré samedi M. Guariniello.
Le DFJP a autorisé, dans une décision du 2 octobre rendue publique vendredi seulement, la transmission par la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accident (Suva) des dossiers concernant 196 ouvriers. Pour M. Guariniello, les documents de la Suva permettront de connaître les «environnements de travail, de savoir si des directives ont été données, si des irrégularités ont été constatées, ou encore de voir quels étaient les niveaux de poussières» dans les usines suisses du groupe Eternit.
Les craintes de la Suva Craignant notamment de tomber dans le collimateur de la justice italienne, la Suva s'était refusée à transmettre ces documents, réclamés par M. Guariniello dans une commission rogatoire remontant à 2004. En l'absence de cette documentation, le magistrat avait dû écarter la partie de l'enquête sur une centaine d'Italiens morts dans la Péninsule après avoir travaillé en Suisse ces dernières décennies. Le procureur a en revanche bouclé en août dernier l'enquête concernant les cas de près de 3000 ouvriers italiens ayant travaillé dans les usines italiennes d'Eternit, dont la plupart sont morts de maladies provoquées par l'amiante, une matière cancérigène.
Décision sur le procès attendue M. Guariniello compte décider d'ici au début de l'année prochaine s'il demande le renvoi des inculpés devant un tribunal, a-t-il précisé samedi. Une telle requête devrait ensuite être examinée par un juge des audiences préliminaires. Les personnes inculpées - le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, ancien patron du groupe, et un ancien responsable d'Eternit Italie, le baron belge Jean-Louis de Cartier - prennent actuellement connaissance du volumineux dossier. L'accusation leur reproche de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour protéger les ouvriers, alors que les dangers de l'amiante étaient connus depuis longtemps.
Bruno Pesce, un conseiller du collectif des victimes en Italie, a lui aussi salué le feu vert des autorités suisses, espérant que cette décision pourra donner lieu à un deuxième procès pour les victimes italiennes des sites suisses. S'agissant des négociations pour des dédommagements, M. Pesce a affirmé samedi à l'ATS qu'elles étaient «interrompues». Au début de cette année, les avocats de M. Schmidheiny avaient formulé une offre de 75 mio CHF (plus de 125 mio CHF au change actuel), qualifiée de «base sérieuse de discussion» par M. Pesce. Toutefois, les deux conditions fixées par les avocats du financier suisse, à savoir l'assurance de ne plus faire l'objet de plaintes en Italie et l'étalement du payement de la somme sur quinze ans, ont été jugées inacceptables par l'association des victimes.
Les négociations ne sont ni interrompues ni abandonnées, rétorque de son côté M. Schmidheiny. «Notre porte reste ouverte pour des entretiens qui visent à trouver des solutions raisonnables pour des victimes légitimes», a indiqué son porte-parole Peter Schürmann dans une prise de position écrite transmise dimanche. Il a précisé que l'offre de M. Schmidheiny a été présentée sur une base volontaire et n'est liée à aucune procédure judiciaire.

Aucun commentaire: