Combien en ont-ils respiré ? Qui peut dire qu’il n’en sera jamais malade ? Hier, 244 ex-salariés d’Akzo-Nobel, fabricant de peinture dans l’Oise, réclamaient à leur ancien employeur la reconnaissance d’un préjudice spécifique d’anxiété lié à l’amiante. « J’ai été employée administrative chez Akzo de 1964 à 2005. Quand il faisait chaud, on travaillait la fenêtre ouverte. Même dans les bureaux, on était contaminés. Mon collègue est décédé dans d’atroces souffrances. Je n’ai pas peur de la mort, mais j’ai très peur d’avoir mal comme lui », explique Christiane Devienne, les yeux mouillés. Le tribunal des prud’hommes de Creil, qui compte tenu du nombre de demandeurs avait délocalisé son audience dans une salle de location à Nogent-sur-Oise, ne donne pas la parole à d’autres anciens salariés de l’industriel. Sans doute pour ne pas rajouter de l’émotion à l’émotion, dans un dossier technique qui lui demandera beaucoup de sang-froid. Sa décision est attendue le 19 janvier 2015.
Le préjudice spécifique d’anxiété a été créé par une jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation le 11 mai 2010, en vue d’améliorer l’indemnisation des victimes de l’amiante. Si le quantum des sommes accordées varie très sensiblement selon les tribunaux, la cour a voulu faciliter la reconnaissance de ce préjudice. Ainsi un salarié qui vit avec l’angoisse du cancer de la plèvre n’a pas à fournir la preuve de son anxiété. Pour les industriels figurant sur la liste officielle des sites « amiantés », l’enjeu financier est considérable.
20 000 euros pour chacun
« Systématiquement il y a appel, et systématiquement il y a pourvoi en cassation. Ils (les industriels) veulent arrêter ce qu’ils appellent l’hémorragie, et que moi j’appelle le légitime », explique Me Barbara Vrillac, avocate des salariés, spécialiste de l’amiante. Me Vrillac affirme encore que des demandeurs n’ont pas été très aidés par la direction alors qu’ils avaient des difficultés à trouver la bonne société à attaquer, Akzo Nobel ayant compté jusqu’à quinze structures juridiques différentes à une certaine époque. L’avocate réclame 20 000 euros pour chacun de ses clients. Soit, selon elle, 1,7 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise.
Mais certains des salariés ont quitté la société il y a de nombreuses années. Tous n’y ont pas travaillé la même durée. Tous n’ont pas été exposés de la même façon. « Il ne peut pas y avoir d’automaticité », estiment les conseils de l’industriel. Et d’évoquer avec une certaine exaspération le « téléphone arabe », grâce auquel des employés, même ayant quitté depuis longtemps une entreprise sur la liste, n’hésiteraient pas à réclamer un dû. La direction d’Akzo a d’ores et déjà demandé un remboursement à six salariés qui avaient perçu jusqu’à 75 000 euros d’indemnités transactionnelles. « Si on avait su qu’ils reviendraient à la charge, nous n’aurions pas signé la transaction », explique l’avocate de la société.
« Doux comme de la ouate, l’amiante est le matériau le plus génial au monde. Sauf qu’il est constitué de fibres qui s’insinuent partout, le nez, la bouche ..» rappelle Me Vrillac. Elle a apporté avec elle des plans de l’usine qui démontrent que « l’une des difficultés était le stockage. De multiples manipulations entraînaient de multiples éventrations. » D’ici quelques jours, le 18 juin, les prud’hommes de Beauvais doivent rendre leur décision concernant les anciens salariés de Bosch, fabricant de plaquettes de freins. À peu près 215 d’entre eux réclament également 20 000 euros à leur employeur pour préjudice d’anxiété
Source : http://www.courrier-picard.fr

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