mardi 27 novembre 2007

Amiante: le coût du cynisme

«Présence d'amiante dans des bâtiments publics: les analyses montrent qu'il n'y a aucun danger pour la santé des personnes», écrivait lundi le Conseil d'Etat genevois dans un communiqué de presse. Un intitulé pour le moins péremptoire alors que la démarche était en l'occurrence motivée par la découverte de deux cas de maladie liée à l'amiante parmi le personnel du cycle d'orientation du Foron. Hier, le gouvernement a remis l'ouvrage sur le métier pour expliquer aux médias qu'il fera tout «pour remédier aux problèmes relatifs à l'amiante» dans son parc immobilier et annoncer une série de mesures préventives techniques et sanitaires. Dans un dossier aussi sensible, l'exercice n'aura guère rassuré les parents d'élèves et encore moins les employés. A priori, les autorités genevoises ne sont pas plus mauvaises élèves que les autres. Le dossier de l'amiante est un boulet que la classe politique suisse traîne depuis des décennies. Alors que les liens scientifiques établis entre plusieurs affections –dont des formes de cancer– et ce matériau datent des années 1930, son interdiction n'a été effective qu'en 1989. Depuis lors, très peu a été fait pour résoudre la question du patrimoine bâti avant cette période. L'amiante ne fait l'objet d'aucune législation fédérale et les recensements de bâtiments contaminés sont plus que lacunaires. Et si les collectivités publiques font mine de prendre l'affaire au sérieux, quand un cas est révélé par les médias, les propriétaires privés, eux, n'ont quasiment aucun devoir en matière d'expertise et d'assainissement. Pourtant, la recherche a mis en lumière de nouveaux pans du danger associé à l'amiante. Les scientifiques se sont rendu compte que le matériau est nocif dans toutes ses utilisations –faux plafonds et revêtement de sols– et pas seulement lorsqu'il est floqué[1]. Ou encore que les risques de contamination ne sont pas circonscrits aux seuls ouvriers du second oeuvre, mais s'étendent à d'autres catégories de population exposées à des quantités plus faibles. Et enfin que les valeurs limites en matière d'amiante sont motivées par une balance d'intérêts dans laquelle la santé publique ne pèse pas lourd. A l'instar des normes édictées pour la radioactivité ou les particules fines, par exemple. La réparation de ces années d'aveuglement cynique représente un coût pharaonique. Selon certains experts, la Suisse devrait débourser quelque 10 milliards de francs pour résoudre le problème. Sans compter les dépenses induites par les malades: la caisse nationale d'assurance-accident Suva a déjà versé plusieurs centaines de millions, malgré des critères de prise en charge extrêmement sévères dénoncés par les associations de victimes. Rien que selon l'organisme paritaire, environ 200 personnes meurent chaque année en Suisse de leur exposition à l'amiante. Il convient de garder un oeil sur ce thermomètre avant d'accorder du crédit aux proclamations lénifiantes des autorités. Note : [1]Flocage: procédé par lequel on projette des fibres courtes sur une surface adhésive de façon à obtenir un revêtement qui présente l'aspect du velours. (Petit Robert).

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