vendredi 11 mai 2007

« L'amiante, on cassait la croûte dessus»


Manifestation à Douai mercredi, tandis que la justice examinait la plainte d'une soixantaine de victimes.

C'était mercredi, devant la chambre sociale de la cour d'appel de Douai. La manif avance un peu vite. Georges, 64 ans, ancien électricien sur les chantiers de France, la Normed à Dunkerque, met la main sur son torse. «Je dois m'arrêter. J'ai mal au poumon droit.» On ralentit. «C'est un combat. Je fais de l'exercice tous les matins. Au début, c'est une souffrance terrible. Après, ça se réchauffe, ça va mieux. Tous les jours, je me lève, je me dis "il faut". Sinon, il y aurait longtemps que je serais dans la caisse.» Ce sont des aiguilles, mille fois plus fines qu'un cheveu, qu'on respire sans le savoir. Sur la plèvre ou le poumon, la fibre d'amiante se plante comme une flèche et ne repart plus. Autour de chaque piqûre, les cicatrices peuvent former des plaques, rendre les poumons moins souples, la respiration plus difficile : les plaques pleurales, la forme la plus bénigne des affections dues à l'amiante. Sont-elles une maladie ? «Oui», dit Georges, en colère, porteur de ces plaques. Pas si sûr, selon les études de médecins sur lesquels s'appuient les entreprises qui ont exposé, sans protection, leurs salariés à l'amiante.

Dans les rues de Douai, plus de mille cinq cents hommes et femmes de toute la France, victimes ou épouses de victimes, marchent en silence. Des femmes tiennent la photo de leur mari. Des hommes tiennent des pancartes : «La justice, pas la loterie», «L'amiante tue», «Nos souffrances ont un prix, les empoisonneurs doivent payer». Ils soutiennent soixante des leurs, tous victimes de plaques pleurales, et font appel d'une décision du tribunal des affaires de sécurité sociale de Lille. En jeu : leur indemnisation. Jusqu'en 2006, elle pouvait atteindre 45 000 euros par personne. Depuis, des tribunaux ont réduit la voilure à 3 000 euros, voire à zéro. Georges était dans la fourchette haute. Ses collègues, dans la même entreprise, quelques années après lui, n'ont eu droit à rien. «Des décisions incohérentes et illisibles», estime Me Michel Ledoux, avocat des associations de victimes de l'amiante. Son explication : «Pendant des années, les entreprises ne payaient pas.» Un fonds commun auquel toutes cotisent s'en chargeait. Mais depuis un peu plus d'un an la Cour de cassation oblige de plus en plus les employeurs concernés à payer. «Alors ils trouvent des médecins mercenaires pour affirmer que les atteintes pleurales ne sont pas si graves que ça», accuse l'avocat.Du coup, c'est la colère chez les victimes. Les scientifiques, eux, sont prudents. Selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), les plaques pleurales montrent une exposition à l'amiante, et toutes les variétés d'amiante sont cancérigènes.


Aucun commentaire: