
Poussières d'amiante et métaux lourds, poudre de laine de verre et dioxines, la chute des tours du World Trade Center préparait un cocktail létal. Un sauveteur en est mort en 2006, officiellement. Beaucoup souffrent de cancer ou d'emphysème, sans pouvoir toujours se soigner. De grands procès se préparent, explique la journaliste Jacqueline Maurette, dans le livre qu'elle vient de publier. Le sinistre a montré la toxicité des constructions, comme les carences de la protection sociale dans ce quartier favorisé, situé au bord de l'océan.
Ils étaient 400 000 à vivre ou travailler autour du Complexe du Commerce Mondial : World Trade Center., sur l'île de Manhattan, le 11 septembre 2001. La Bourse au premier plan, bien sûr, New York, en toutes choses, se trouvant au sommet. Le monde ne pouvait plus tourner sans le New York City Exchange. La cotation a repris dès le 17 septembre, après que l'on ait ôté 10 cm de poussière sur les bureaux. Christine Todd Whitman, directrice de l'EPA (Environment Protection Agency) pour la région, - autorité fédérale en matière d'environnement – a déclaré le 18, que "l'air est sain à respirer". Elle devra démissionner pour cela, en 2003. En attendant, les affaires continuent. Les riverains lavent leur intérieur tant bien que mal et les écoles du quartier, fort réputées, réouvrent pour plus de 30 000 enfants, nez à hauteur des gaz. Les montagnes de décombres, où s'activent des milliers de volontaires, fument encore. Elles brûleront jusqu'au 19 décembre 2001. L'odeur de l'incendie persistera jusqu'au printemps 2002, sur la 50 ème rue, à 4,5 km de là. En 2006, la moitié des résidents auront déménagé vers des cieux moins pollués.
Dès la première semaine, des scientifiques de New York ont alerté et conseillé l'évacuation du secteur. Personne ne les a écoutés, ont dit à notre journaliste des ONG comme le Sierra club, - d'ordinaire plus intéressés par les parcs nationaux ou les Amérindiens - dont les bureaux se trouvaient près de la zone d'impact. Faute de risque officiel, il n'y avait pas de normes à respecter. Ainsi des sociétés ont-elles pu embaucher, pour le nettoyage, un personnel de journaliers, venus se présenter, tous les matins, en quête de travail. Toujours pour ne pas reconnaître le danger, on conseillait aux habitants de passer la serpillière, au lieu d'envoyer des équipes de décontamination dûment protégées. Ainsi a été éludée la question épineuse de la composition des cendres fines envahissantes, au dos des réfrigérateurs et dans les prises
Mais «difficile de croire que 200 000 tonnes d'acier, 18 millions de mètres carrés de verre; 5000 tonnes de matériaux contenant de l'amiante, des kilomètres de câbles électriques, des centaines de milliers de mètres cubes de béton pouvaient s'effondrer sans générer de pollution majeure.». Le même élan qui poussait les jeunes gens à risquer leur vie dans les ruines fumantes, à la recherche de blessés, a incité des universitaires à prêter leur concours.
Comme toujours dans les états d'urgence, la population a montré sa solidarité. Les jeunes héros pleins de santé, se sont donnés à fond. Malades, des mois plus tard, ils n'osaient pas se plaindre, tant d'autres «étaient restés dessous». A lire ce livre émouvant, on se prend à songer à Tchernobyl. «Ce n'est pas la même chose, répond la journaliste, mais les processus se ressemblent. On trouve la même "architecture" dit-elle : « le déni, le mensonge, l'héroïsme puis on les laisse tomber.». Les tribunaux devraient réparer un peu cet oubli.
"Les héros sacrifiés du World Trade Center" aux éditions Jean-Claade Gasewith