Affichage des articles dont le libellé est Santé au travail. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Santé au travail. Afficher tous les articles

lundi 23 octobre 2017

Pompier, métier à haut risque sanitaire


Du fait de leur exposition récurrente à des substances toxiques, les pompiers sont exposés à des risques accrus de plusieurs maladies, révèle une étude menée pour le compte de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). Or si son «caractère dangereux» est reconnu depuis août 2004, cette profession n’est toujours pas considérée comme un «métier à risques».
Au-delà du risque sur le terrain, il en est d’autres bien moins connus, directement liés aux émanations toxiques que respirent les soldats du feu. Dans un rapport publié en mars, la CNRACL révèle que les pompiers sont exposés à des risques accrus de maladies cardiovasculaires et respiratoires, mais aussi de cancers.

SURRISQUE DE PLUSIEURS CANCERS
En France, une analyse menée entre 2007 et 2011 sur la cohorte CPRIM, qui analyse la mortalité chez les pompiers, révélait un taux de décès d’origine cancéreuse de même ampleur que la population générale (environ 45%), mais avec une légère surreprésentation de cancers du poumon, de la lèvre-cavité buccale-pharynx, du foie et des voies biliaires intra-hépatiques.
Deux études américaines, l’une consistant en une méta-analyse de 32 études publiées, l’autre en un suivi depuis 1950 effectué dans trois grandes villes américaines, révèlent d’autres sites corporels dont les cancers sont plus fréquents qu’en population générale: cerveau, estomac, colon, rectum, prostate, testicules, myélomes, lymphomes non hodgkiniens pour la première; œsophage, intestin, rectum, poumons, reins et pharynx pour la seconde.
Malgré les risques, immédiats ou différés, les sapeurs pompiers professionnels ne sont toujours pas considérés comme exerçant un «métier à risques», à la différence des policiers ou des gendarmes –qui peuvent ainsi partir à la retraite à l’âge de 52 ans. Petite concession à cette revendication de longue date, ils ont obtenu, à en août 2004, la reconnaissance du «caractère dangereux» de leur métier. Ce qui permet, à ceux de plus de 50 ans reconnus médicalement inaptes, un reclassement dans la fonction publique, ainsi qu’un avantage de retraite exonéré d’impôt pour ceux ayant servi plus de 20 ans.
Publiée début 2016, une étude française, menée auprès de pompiers de la caserne de Saint-Quentin (Aisne), révèle un taux élevé de mésothéliomes du fait d’opérations de lutte contre les incendies de bâtiments. En cause, la libération de fibres d’amiante, retombent aussi bien sur les sapeurs pompiers que sur le personnel d’assistance situé en retrait de l’incendie.

UN PROCESSUS DE DÉCONTAMINATION À REVOIR
Parmi les raisons de ces risques accrus, la CNRACL pointe notamment des failles dans les processus de nettoyage et de décontamination: «les matériels utilisés pendant l'intervention (lances, tuyaux, etc.), sont souvent transportés, sans précaution particulière, dans les véhicules d’incendie ou des utilitaires. Le personnel et le matériel n’étant pas décontaminés avant le retour en caserne, l'ensemble du personnel et le véhicule se trouvent ainsi contaminés».
A la caserne même, «les locaux sont souvent inadaptés au reconditionnement et à la décontamination. La présence de laveries dans les centres de secours reste l’exception, néanmoins l’existence de sas de nettoyage a été observée sur certains sites». Et le nettoyage d’équipements tels que casques, cagoules, gants de feu et effets chaussants «ne fait pas l’objet de réglementation particulière, l’approche individuelle étant souvent la règle», poursuit la CNRACL.
Du côté des appareils respiratoires isolants (ARI), seul le nettoyage du masque est défini, mais «aucune norme n’existe pour les autres pièces (dossard, bretelles, canalisations et soupape respiratoire). Cette situation peut conduire à relier un masque ‘propre’ avec un appareil qui ne l’est pas».
Pour la CNRACL, c’est toute l’organisation de la gestion de ces matériels contaminés qui est à revoir, ou à mettre en place. Par exemple «en adaptant, voire en réorganisant, les locaux avec un zonage et un circuit ‘contaminé – décontaminé’», ou en instaurant des processus de décontamination pour tout matériel souillé revenant d’opération.
Source : http://www.journaldelenvironnement.net

lundi 3 avril 2017

Centrale de Cordemais: EDF réclame l'annulation d'une demande d'expertise sur l'amiante

 Le groupe EDF a réclamé jeudi devant le tribunal de grande instance (TGI) de Nantes l'annulation d'une demande d'expertise sur le risque d'amiante à la centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique), formulée par les représentants du personnel. 
L'électricien estime que cette demande de saisine d'un expert indépendant, votée il y a un mois par le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de la centrale, est nulle, le "risque grave" d'une exposition à l'amiante pour la sécurité et la santé des agents EDF n'étant pas prouvé. 
"La problématique amiante sur ce site est connue depuis 40 ans et depuis 40 ans des mesures sont prises", a souligné l'avocat de la société, Arnaud Camus. Sur les quelque 10.000 interventions comptabilisées en 2016 à Cordemais, 12 ont donné lieu à la délivrance de "fiches d'exposition accidentelle qui ne sont absolument pas la preuve d'une exposition à des fibres d'amiante et donc à un danger grave", a-t-il plaidé. 
"La jurisprudence est drastique. Le risque grave, c'est la simple exposition d'agents qui interviennent sur des matériaux amiantés", a soutenu de son côté l'avocat des représentants du personnel, Fabrice Février. 
La demande d'expertise a été votée après la remise du rapport d'un audit interne de la direction de la centrale, "un peu catastrophique" sur la maîtrise du risque amiante sur le site, avec notamment une cartographie répertoriant les matériaux amiantés "pas à jour", a-t-il lancé à l'audience. 
La décision doit être rendue le 6 avril. 
"C'est intolérable qu'ils nous assignent pour annuler une expertise, qui a pour but de travailler à l'amélioration des conditions de travail" des agents EDF et de leurs prestataires, a déclaré Gwenaël Plagne, délégué CGT de la centrale de Cordemais. 
Plusieurs dizaines de salariés s'étaient rassemblés dès 08H00 devant le palais de Justice. Ils ont déposé quatre cercueils et déployé des banderoles proclamant "Empoisonnement Stop", "EDF-assassin" ou "On travaille pour gagner sa vie ! Pas pour la perdre !". 
Mise en service en 1970, la centrale thermique de Cordemais dispose de deux unités de production au charbon et deux unités au fioul et fait travailler 426 agents EDF et 250 salariés d'entreprises prestataires. 
Source : http://www.leparisien.fr

lundi 6 mars 2017

Vingt ans après l'interdiction, encore trop d'amiante en France

Tour Montparnasse à Paris, CHU de Caen en Normandie, bâtiments scolaires ou même certains domiciles… l'amiante est présente dans de nombreux établissements construits avant 1997. Et plus ils vieillissent, plus ils risquent de libérer les fibres cancérigènes.
Depuis 1998, un amendement propose de créer un site Internet regroupant les diagnostics techniques amiante des établissements publics. Une sorte de carte disponible en ligne et accessible à tous pour savoir où se trouve l'amiante. Aline Archimbaud, sénatrice écologiste de Seine-Saint-Denis, le réclame régulièrement au gouvernement : "On me répond que cela va coûter de l'argent et que le parlementaire ne peut pas faire une proposition qui modifie le budget mais je crois que ce n'est pas vrai. Si dans chaque préfecture on détachait pendant quelques mois un fonctionnaire en place pour travailler, recenser ces diagnostics, les frais ne seraient pas énormes et on éviterait ainsi une deuxième épidémie de l'amiante."
Pour travailler sur un site amianté, il faut normalement porter des équipements de protection très stricts : gants, combinaison et masque filtrants. Le site doit aussi être confiné pour éviter la dispersion des fibres. Tant qu'elle n'est pas apparente, l'amiante ne pose pas de problème. Mais avec le vieillissement des bâtiments, elle commence parfois à se déliter.
"Si on avait une vraie stratégie nationale, on surveillerait les bâtiments publics, privés, les écoles, les logements… on établirait des priorités et on désamianterait progressivement, sachant qu'il faudrait trente ou quarante ans de désamiantage", confie la sénatrice écologiste. Retirer toute l'amiante qui reste dans le pays va coûter cher dans les prochaines années. Cependant, il n'existe toujours aucune donnée chiffrée concernant le désamiantage de la France.
Source : http://www.francetvinfo.fr

lundi 5 décembre 2016

Amiante au tribunal de Créteil : dix ans après, rien n’est réglé !

Christian Favier, sénateur et président (PCF) du conseil départemental du Val-de-Marne interpelle ce mercredi le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas par le biais d’une question écrite au gouvernement. Le sujet ? Une histoire vieille de plus d’une décennie : celle de l’amiante au TGI de Créteil. Il demande au ministre que soit mise en place une enquête de l’Institut de Veille Sanitaire (INVS). Comme le réclame depuis des années l’entente syndicale (fédération CGT des services publics, Unsa-Police, Alliance, Unsa-Justice, Unité SGP police FO) du TGI.
Il y a dix ans déjà, des expertises avaient dévoilé une présence d’amiante huit fois plus élevée que la norme dans une salle d’archives. Inquiets, les syndicats avaient alors demandé « en urgence », les « travaux nécessaires à la mise en sécurité des personnels » ainsi que des « examens approfondis de tous les agents actuellement en poste au sein de ce tribunal ».
« Aujourd’hui le bâtiment tel qu’il est représente un danger », continue de marteler le porte-parole de l’entente Daniel Naudin. Le tribunal a été construit en 1977. Le constat de l’amiante est établi, puisque des travaux de désamiantage devaient démarrer début 2015. Mais presque rien n’a été fait d’après Daniel Naudin : d’après lui, seules les salles d’archives, au 12e étage, auraient fait l’objet partir de travaux en 2009, chantier qui a duré plusieurs années. « On est dans l’inconscience totale et le déni, on ment aux fonctionnaires », insiste-t-il.
Il y a un mois, Christian Favier avait adressé un courrier au président de la Commission des Affaires Sociales du Sénat afin de lui demander que l’entente et des membres du personnel du TGI puissent être auditionnés par la commission, en présence d’une délégation du Ministère. Ils devaient être reçus d’ici la fin du mois de novembre. Sollicité, le président du tribunal n’était pas disponible pour évoquer ce sujet. Contacté, le ministère de la Justice ne nous a pas répondu.
Le dépôt du tribunal de Créteil a été rénové pour 2,13 M€. Son état d’insalubrité avait été dénoncé par le contrôleur général des lieux de privation de liberté.
Prévus au départ en 2003, les travaux avaient finalement eu lieu en 2011. Le dépôt du tribunal de Créteil a été entièrement refait il y a trois ans. Fin 2008, et alors que les travaux étaient attendus, certains avocats avaient même obtenu l’annulation de plusieurs procédures de comparution immédiate en arguant que les « conditions de détention des prévenus constituaient un traitement inhumain et dégradant ». Syndicats, magistrats, policiers et surtout le contrôleur général des lieux de privation de liberté avaient multiplié les rapports pour dénoncer ses conditions d’insalubrité. Bilan : dix-huit mois de travaux, 2,3 M€ pour rénover ce lieu de 800 m2 où patientent les prévenus en attente d’être jugés ou d’être présentés à un magistrat. A l’époque, la prochaine étape annoncée était celle du désamiantage du tribunal, soit l’ensemble du bâtiment : bureaux, cour d’assises et chambres correctionnelles.
Source : http://www.leparisien.fr/

lundi 21 novembre 2016

Amiante à l'hôpital : le CHRU Minjoz de Besançon à la barre des prévenus

Le procès qui va s'ouvrir mercredi devant le tribunal correctionnel de Besançon est une première nationale. L'hôpital est poursuivi pour "mise en danger délibérée de la vie d'autrui". Jamais aucun établissement public n'avait jusque-là dû répondre à ce type d'accusation.
48 plaintes de salariés (des informaticiens, plombiers, électriciens, personnel de sécurité), plus celles de l'intersyndicale FO, CGT, Sud et CFDT, dénoncent des expositions à l'amiante prolongées, malgré des avertissements répétés.

La justice pèse toujours ses mots, mais les mots écrits dans l'ordonnance de renvoi sont forts. "Violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité... risque immédiat de mort ou d'infirmité permanente... ".

"DE LA POUSSIÈRE BLANCHE TOMBAIT DU PLAFOND"


Il faut dire que les images fournies par la CFDT sont éloquentes. Entre 2010 et 2013, les salariés du niveau -2 de l'hôpital, où se trouvaient les systèmes informatiques et pneumatiques, auraient été au contact de poussières tombant du plafond, de la dalle au-dessus de laquelle des travaux de désamiantage étaient en cours. Ils craignent avoir, alors, été de façon prolongée au contact d'amiante.

Un ancien salarié du CHRU, en retraite depuis 1995, a officiellement été reconnu contaminé dans le cadre de son travail à l'hôpital. Le procès va durer deux jours devant le tribunal correctionnel de Besançon.

Dans un communiqué publié en juin dernier, Le CHRU de Besançon réfute totalement avoir violé les règles de sécurité en matière d'amiante. Il dit vouloir apporter toutes les explications nécessaires à la Justice.
Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/

Amiante : une première lors du procès contre le CHRU de Besançon

À partir du 28 septembre, pour la première fois, un hôpital sera jugé devant un tribunal correctionnel pour avoir délibérement exposé certains salariés à l’amiante pendant plusieurs années.

Une cinquantaine de salariés du centre hospitalier régional universitaire de Besançon, ainsi que les syndicats CFDT, CGT, FO, SUD et le CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) se sont portés partie civile.
Les plaignants reprochent à la direction de l'établissement, poursuivie pour "mise en danger délibérée de la vie d'autrui", de les avoir fait travailler dans des locaux amiantés, entre 2009 et 2013, alors qu'elle était au courant du risque et malgré des avertissements répétés.

En 2011, l'inspection du travail alerte sur la situation

Les agents techniques s'étaient rendu compte en 2013 qu'ils avaient été exposés à l'amiante, sans protection, à l'occasion d'une formation pour se protéger de cette poudre blanche notamment rencontrée lors d'interventions dans les faux plafonds de l'hôpital.
En 2011, un rapport de l'inspection du travail avait conclu à une "mise en danger délibérée de la vie d'autrui".

Le CHRU décline toute responsabilité

D'après ce rapport, le CHRU a, "en pleine connaissance de la présence de matériaux amiantés dans ses bâtiments depuis novembre 2006, exposé ses salariés aux poussières d'amiante" sans les informer ni les former.
En mai, dans un communiqué, le CHRU de Besançon "réfutait totalement ces accusations". Selon lui, il avait agi dans "la plus grande transparence" lors de travaux de "mise en sécurité et désamiantage" engagés en 2008.
Jusqu'à présent, un seul salarié du CHRU, parti en retraite en 1995, a été diagnostiqué malade de l'amiante, d'après l'intersyndicale qui ne sait pas s'il a déposé plainte. Il n'est pas concerné par le procès à venir.
Source : http://www.francetvinfo.fr/

lundi 26 septembre 2016

Procès amiante à l'hôpital Minjoz : les syndicats accusent

Le CHU de Besançon sera jugé la semaine prochaine pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui. C'est une première en France pour un établissement de santé. Les syndicats sont formels : la direction savait qu'il y avait de l'amiante dans les locaux où travaillaient des salariés.

L'intersyndicale du CHU Minjoz de Besançon a donné une conférence de presse pour expliquer le "dossier amiante".

Mercredi prochain, l'hôpital Jean Minjoz comparaîtra comme personne morale devant le tribunal correctionnel de Besançon. C'est une première nationale pour un établissement de santé. Il est accusé, à l'initiative du procureur de la république, de "mise en danger délibérée de la vie d'autrui".
Selon les 4 syndicats (CFDT, CGT, FO et SUD), depuis 2010, ils dénoncent l'attitude de la direction : à l'occasion de travaux, des agents et des salariés d'entreprises extérieures ont été exposés aux poussières d'amiante. L'amiante peut provoquer des cancers, notamment pulmonaires. 

Le tribunal examinera durant deux jours les faits caractérisés qui ont eu lieu de 2010 et jusqu'en 2013. Le CHSCT (Comité Hygiène et Sécurité et Conditions de Travail) et 48 agents de l'hôpital se sont portés partie civile. Parallèlemlent à ce procès, un cas de maladie professionnelle dûe à l'amiante vient d'être reconnu pour un salarié aujourd'hui en retraite.

Il était prévu que les travaux de désamiantage, commencé en 2009, devaient être terminés en 2015. A ce jour, seulement 3 des 8 étages que compte le bâtiment ont été traités.

Cette affaire bisontine, toujours selon l'intersyndicale, sera très suivie avec attention nationalement : d'autres hôpitaux en France sont concernés également par l'amiante, à Troyes, Poitiers, Amiens et Bordeaux... L'hôpital Jean Minjoz n'a pas souhaité s'exprimer

Source : .http://france3-regions.francetvinfo.fr/

Un "bon côté" de la loi El Khomri : le diagnostic avant-travaux Amiante

La loi El Khomri, largement décriée, passe sous silence des points qui, au contraire, s'avèrent positifs pour certaines corporations... Son article 51, par exemple, déroule un chapitre II dans le livre IV. 
Depuis le passage de la ministre du Travail, Myriam El Kohmri, un discret chapitre II bis a été glissé : « En vue de renforcer le rôle de surveillance [des] agents de contrôle de l'inspection du travail, le donneur d'ordre, le maître d'ouvrage ou le propriétaire d'immeubles par nature ou par destination, d'équipements, de matériels ou d'articles y font rechercher la présence d'amiante préalablement à toute opération comportant des risques d'exposition des travailleurs à l'amiante. Cette recherche donne lieu à un document mentionnant, le cas échéant, la présence, la nature et la localisation de matériaux ou de produits contenant de l'amiante. Ce document est joint aux documents de la consultation remis aux entreprises candidates ou transmis aux entreprises envisageant de réaliser l'opération. Les conditions d'application, ou d'exemption selon la nature de l'opération envisagée, du présent article sont déterminées par décret en Conseil d'État. » 

Et la nouveauté se trouve dans le terme « propriétaire », parmi les responsables de l'exécution préalable d'une recherche d'amiante avant-travaux. Jusqu'ici, il n'appartenait qu'au donneur d'ordre ou au maître d'ouvrage de respecter cette obligation. 
Autre « détail » qui revêt toute son importance : la sanction. Tout contrevenant peut se voir redevable d'une amende de 9 000 Euros
Bonne nouvelle ou huile sur le feu, chacun se fera son idée... Les diagnostics peuvent attiser la suspicion d'acheteurs quant à la présence (non systématiquement dangereuse) d'amiante et refréner les investissements. Ceci, avant même cet ajout dans la loi El Khomri. 
Mais, un serpent de mer revient : le montant de l'amende. Être redevable de 9 000 Euros sera-t-il un épouvantail suffisant pour dissuader un propriétaire ou maître d'ouvrage de passer par un amateur ou une entreprise étrangère moins cher mais peu soucieux d'un éventuel risque amiante ?

Source : http://www.forum-chantiers.com/

lundi 11 juillet 2016

Avec «Les Sentinelles» de l'amiante et des pesticides

Ce vendredi, l'association Kino propose le film documentaire «Les Sentinelles», en présence du réalisateur Pierre Pézerat. Henri Pézerat, chercheur et militant, a consacré la 2e moitié de sa vie à défendre les victimes ouvrières contre les atteintes à la santé au travail. Le film raconte comment il a été un acteur important de l'interdiction de l'amiante en France, et comment, à sa mort en 2009, sa compagne Annie et quelques autres ont repris le flambeau de sa lutte en créant l'association qui porte son nom.
Josette Roudaire et Jean-Marie Birbès étaient ouvriers, en contact avec l'amiante, Paul François était agriculteur, malade à cause des pesticides.
Victimes de l'amiante, des pesticides ou autres poisons, ces hommes et ces femmes retrouvent leur dignité dans le combat pour faire reconnaître leur maladie et demander des comptes à ceux qui les ont empoisonnés. Ce besoin de justice s'affranchit totalement du cadre socioculturel de ceux qui sont victimes et casse le clivage qui peut exister entre monde ouvrier et monde paysan. Amiante, pesticides, au XXe ou XXIe siècle, les pratiques de certains industriels peu scrupuleux et de leurs lobbies sont toujours les mêmes, et ça marche. Il s'agit de produire au moindre prix une marchandise, quel qu'en soit son caractère dangereux, puis d'organiser le mensonge sur sa non-dangerosité.
Toutes les victimes sont passées par la moulinette du soupçon. Soupçon de l'usurpateur, du dépressif, du fainéant, chacun raconte comment cela a été terrible de subir ces accusations, y compris de la part de médecins. Le film explique d'ailleurs la difficulté de la médecine à explorer le lien entre la présence toujours plus importante de produits d'origine chimique dans l'environnement et la montée du nombre de cancers en France. Il montre que c'est avec la mobilisation des travailleurs de l'amiante et l'arrivée des problèmes de santé chez les consommateurs que l'interdiction de l'amiante a pu être possible.
En gagnant son procès en appel contre Monsanto, Paul François montre combien la victoire est belle, combien elle lui a coûté, et en quoi elle est hautement symbolique et porteuse d'espoirs.

Source : http://www.ladepeche.fr/

L'AUDIENCE SUR LE DESAMIANTAGE DU CHU DE BESANÇON EST RENVOYEE AU 28 SEPTEMBRE

Le CHU Jean Minjoz, accusé d’avoir fait travailler des agents dans des zones amiantées, a été saisi par le tribunal correctionnel de Besançon.
Le CHU Jean Minjoz est poursuivi par le tribunal correctionnel de Besançon pour "mise en danger délibérée de la vie d’autrui". Ce sont 53 agents techniques de l’hôpital, accompagnés par quatre syndicats (FO, CGT, Sud et la CFDT) et par le Comité d’Hygiène et de Sécurité de l’établissement de santé (CHSCT) qui ont enclenché la procédure dès 2010. Ces derniers avaient porté plainte contre le CHU pour exposition à l’amiante "en toute connaissance de cause".  Selon Me Anne-Sylvie Grimbert, avocat des plaignants "la direction savait qu'il y avait de l'amiante de façon importante dans les locaux et n'a pas pris toutes les mesures de prévention, d'information, de formation et de protection des agents". 
L'intersyndicale et la direction du CHRU avaient précisé lors des dépôts de plainte en 2013 qu'aucun agent n'avait contracté une maladie liée à une exposition à l'amiante pour le moment. Les agents techniques se sont rendu compte en 2013 qu'ils avaient été exposés à l'amiante sans protection à l'occasion d'une formation pour se protéger de cette poudre blanche notamment rencontrée lors d'interventions dans les faux plafonds de l'hôpital.
  • L’inspection du travail s’était rendu sur les lieux en 2011 et avait remis un rapport au procureur de la république. Suite à cette procédure, une enquête préliminaire avait été ouverte, elle donnera lieu à un procès 
Le CHRU Jean Minjoz était cité à comparaître les 15 et 16 juin 2016 auprès du Tribunal correctionnel de Besançon pour "mise en danger délibérée d’autrui", suite aux plaintes d’une cinquantaine d’agents techniques entre 2010 et 2013 affirmant avoir travaillé dans des zones amiantées. L’audience est renvoyée au 28 et 29 septembre 2016
Maître Pierre-Yves Fouré, avocat du CHRU de Besançon, a en effet sollicité le renvoi de l’audience. Incité à comparaitre les 15 et 16 juin 2016, le CHRU se présentera finalement devant le Tribunal correctionnel à la rentrée, les 28 et 29 septembre 2016, pour "mise en danger délibérée d'autrui""Il est indispensable que le CHRU dispose d’un délai suffisant pour préparer sa défense" indique l'hôpital dans un communiqué. 
Le CHRU réfute avoir violé les règles de sécurité en matière d’amiante et "apportera toutes les explications nécessaires à la justice". De nombreux contrôles physiques ont été réalisés depuis 2006 et l’hôpital affirme que "le seuil réglementaire de 5 fibres par litre d’air n’a jamais été atteint". Malgré la complexité que représentent les travaux, notamment avec le déménagement de services entiers, ceux-ci sont "contrôlés par plusieurs organismes" et "supervisés quotidiennement" par des assistants techniques spécialisés dans la gestion de l’amiante. 

Sources : http://www.macommune.info/ http://www.hospimedia.fr/

samedi 21 mai 2016

Amiante : 4 obligations de l'employeur à l'égard des salariés

Isolants, colles, peintures, couvertures, fours, l'amiante, pourtantinterdite en France en 1997, demeure encore présente autour de nous. Amiante en feuille, amiante-ciment ou fibrociment, amiante brute en vrac, nombreux sont les salariés qui travaillent encore au contact de cette matière dangereuse. Exposés pendant des années ou de manière courte mais répétée et ignorant, à l'époque, les dangers, pas étonnant que tant de maladies professionnelles liées à l'amiante se développent. En tant qu'employeur, vous devez protéger la santé et la sécurité de vos salariés. Plusieurs obligations vous incombent. Découvrez lesquelles…
Sommaire

Évaluer les risques professionnels liés à l'exposition à l'amiante

Vous devez, au regard de l'obligation de sécurité qui vous incombe, évaluer les risques encourus par vos salariés pour protéger leur santé et leur sécurité. Pour cela, vous devez ainsi être en mesure d'identifier toute activité susceptible de présenter un risque d'exposition à l'amiante (1) et de localiser les matériaux pouvant potentiellement contenir de l'amiante.
Pour évaluer le niveau du risque auquel ils sont exposés, il vous est nécessaire d'estimer le niveau d'empoussièrement correspondant à chacun des processus de travail (2) et de vous assurer qu'ils ne sont pas exposés au-delà de la valeur limite (3) fixée à 10 fibres par litre sur 8 heures de travail (4).
Les résultats des contrôles doivent être communiqués au médecin du travail et au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ou, à défaut, aux délégués du personnel et tenus à la disposition de l'inspecteur du travail (5).
Vous devez retranscrire les résultats de cette évaluation des risques pour chaque processus dans le document unique d'évaluation des risques (DUER) (6).
Sécurité et prévention : comment rédiger le document unique d'évaluation des risques professionnels ?
Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUER)

Informer et former les salariés sur les risques

Une notice de poste doit être établie pour chaque poste de travail ou situation de travail qui expose le salarié à des agents chimiques dangereux tels que l'amiante (7).
Elle informe les travailleurs des risques auxquels leur travail peut les exposer et des dispositions qui sont prises pour les éviter. Elle rappelle d'ailleurs les règles d'hygièneapplicables et les consignes relatives à l'emploi des équipements de protectioncollective et individuelle (8).
1.700 décès chaque annéeliés à l'amiante
Elle doit être transmise pour avis, au médecin du travail et communiquée au CHSCT, ou, à défaut, au DP.
Par ailleurs, vous devez dispenser une formation à vos salariés (9) qui doit porter sur (10) :
  • les produits et dispositifs susceptibles de contenir de l'amiante ;
  • les modalités de travail recommandées ;
  • le rôle et l'utilisation des équipements de protection collective et individuelle.

Organiser le travail en tenant compte des risques liés à l'amiante

Vous devez mettre en oeuvre les mesures nécessaires pour réduire au niveau le plus bas techniquement possible, la durée et le niveau d'exposition, et garantir l'absence de pollution de l'environnement de travail (11).
Il vous revient aussi de déterminer la durée de chaque vacation, le nombre de vacations quotidiennes le temps nécessaire aux opérations d'habillage, de déshabillage et de décontamination des travailleurs et le temps de pause après chaque vacation (12).
En outre, vous devez mettre à disposition de vos salariés des équipements de protection individuelle et collective adaptés aux opérations et veiller au respect de la valeur limite d'exposition professionnelle (13) (14).
L'amiante pourrait tuer entre 68.000 et 100.000 personnes d'ici à 2050 en France, dont 50.000 à 75.000 des suites d'un cancer du poumon et 18.000 à 25.000 des suites d'un mésothéliome.
Estimations publiées en août 2014 par le Haut Conseil de la Santé Publique (15)

Le principal objectif que vous devez avoir à l'esprit est celui de lutter contre le développement de maladies professionnelles liées à l'amiante dans les années à venir telles que lescancers broncho-pulmonaires.

Mettre en place un suivi des salariés et une surveillance médicale spécialisée

Vous ne pouvez affecter l'un de vos salariés à des travaux l'exposant à des agents chimiques dangereux pour la santé tels que l'amiante que s'il a fait l'objet d'un examen médical préalable par le médecin du travail, à l'issue duquel une fiche médicale d'aptitude attestant qu'il ne présente pas de contre-indication médicale à ces travaux est établie (16).
Jusqu'à 9.000 EUR d'amendepour manquement aux règles de santé et de sécurité
Il vous incombe de mettre en place pour chaque salarié exposé, une fiche d'exposition à l'amiante (17) qui devra être remise au salarié lorsqu'il quitte l'entreprise.
Ne négligez pas les risques liés à l'amiante. Les conséquences pour vos salariés peuvent être dramatiques et vous vous exposez à des sanctionsmajorées en cas de récidive (18)
(1) Article R4412-94 du Code du travail 
(2) Article R4412-98 du Code du travail
(3) Article R4412-101 du Code du travail
(4) Article R4412-100 du Code du travail
(5) Article R4412-102 du Code du travail
(6) Article R4412-99 du Code du travail
(7) Article R4412-39 du Code du travail
(8) Article R4412-116 du Code du travail
(9) Article R4412-117 du Code du travail
(10) Article R4412-87 du Code du travail
(11) Article R4412-108 du Code du travail
(12) Article R4412-118 du Code du travail
(13) Article R4412-110 du Code du travail
(14) Article R4412-111 du Code du travail
(15) Repérage de l'amiante, mesures d'empoussièrement et révision du seuil de déclenchement des taux de retrait ou de confinement de matériaux contenant de l'amiante, Haut Conseil de la Santé Publique, publié en août 2014

(16) Article R4412-44 du Code du travail
(17) Article R4412-120 du Code du travail
(18) Article R4741-1 du Code du travail
Source : http://www.juritravail.com/

lundi 25 avril 2016

Amiante dans les collèges ardennais : un agent de maintenance dénonce d’insuffisantes mesures de protection

Un délégué du personnel du collègue Rouget-de-LIsle de Charleville-Mézières pointe le manque d’information, l’absence de formation du personnel susceptible d’intervenir sur des installations amiantées. Il craint même d’avoir été exposé à des poussières d’amiante lors d’un chantier en octobre 2015.
Voilà 9 ans que Tony Plantegenet perce des murs, gratte la peinture, et réalise divers travaux au collège Rouget de Lisle de Charleville-Mézières. L’agent de maintenance explique n’avoir jamais reçu de consignes particulières, n’avoirjamais été formé à la prise en compte de ce risque. Ce n’est qu’en octobre dernier qu’il dit avoir appris la présence d’amiante dans l’établissement.
« Le diagnostic réalisé avant le changement de la chaudière a révélé la présence d’amiante dans les joints de l’ancien appareil», raconte l’agent de maintenance. « Lorsque l’entreprise est intervenue, aucune signalétique avertissant d’un éventuel danger n’était apposée ».
Tony Plantegenet craint même d’avoir été exposé à des poussières d’amiante. « Je suis passé dans le couloir quand les ouvriers étaient en train de disquer. J’ai senti une odeur de fumée, je suis rentré dans la pièce pour aérer et je suis sorti. Il y avait un gros nuage de poussières ».
Je n’aurais peut-être pas dû rentrer mais encore aurait-il fallu qu’on me le dise », s'interroge Tony Plantegenet, agent technique et délégué du personnel
Le délégué du personnel évoque aussi le cas des agents d’entretien qui lave les sols dallés d’amiante sans recevoir de consignes ou de formation spécifique. « On nous explique que ce n’est pas dangereux car il ne s’agit pas d’amiante friable. Je n’en suis pas si sûr car les sols ont quarante ans et sont dégradés », souligne Tony Plantegenet.

Le risque est bien connu

Au conseil départemental, qui gère les bâtiments des collèges ardennais, on assure prendre la question très au sérieux. «Des diagnostics amiante sont réalisés avant chaque intervention. C’est aux entreprises de prendre ensuite les dispositions nécessaires », explique Stéphane André, directeur de l’action éducative au Conseil départemental des Ardennes.
Pour l’enlèvement de la chaudière du collège Rouget-de-Lisle, la société qui est intervenue en octobre souligne que les ouvriers n’ont pas touché aux parties amiantées. « Très souvent, nous n’avons pas affaire à de l’amiante en poudre, celle qui est la plus dangereuse. Pour que l’on signale la présence d’amiante sur place, il faut vraiment qu’il y ait un risque d’inhalation », ajoute Stéphane André.
Le conseil départemental est en train de mettre à jour les dossiers techniques amiante pour ses 200 bâtiments parmi lesquels les collèges, des documents obligatoires qui n’avaient pas été révisés depuis leur création en 2005. Une session de formation à destination des agents susceptibles d’intervenir sur des matériaux amiantés est également en préparation.
Au collège Rouget-de-Lisle, l’ancienne chaudière est toujours sur place, en attendant d’être enlevée par une entreprise spécialisée. Le principal du collège a fait boucler le local et fait poser un panneau d’avertissement. Tony Plantegenet ne sait toujours pas s’il peut rentrer dans le local. De nouvelles mesures d’empoussièrement doivent être effectuées.
Source : https://www.francebleu.fr

Aux victimes de l’amiante : « Écoutez, nous vous avons déjà beaucoup donné, maintenant, mourrez en silence ! »

Des dizaines de milliers de salariés ont travaillé en contact avec l’amiante, avant qu’elle ne soit interdite en 1997. La fibre tueuse pourrait causer 100 000 morts dans les trois prochaines décennies. Qu’ils aient travaillé sur des chantiers navals ou dans le BTP, ouvriers, artisans ou techniciens qui étaient en contact avec l’amiante peuvent bénéficier d’une préretraite. Problème : les intérimaires ont toutes les difficultés pour faire valoir ce droit. Et les salariés de sous-traitants en sont exclus, quand bien même ils ont travaillé sur les mêmes sites contaminés et aussi longtemps que leur collègues. Une discrimination inscrite dans la loi qui pénalise les plus précaires, que la réforme du droit du travail ne règle bien évidemment pas.
Claude Viscuso a posé ses premiers câbles électriques à 16 ans. C’était à Marseille, sur les chantiers navals. Claude y travaille comme apprenti, puis comme intérimaire. En 1984, il débarque dans le port de Saint-Nazaire. Direction les chantiers navals où il travaille pour divers sous-traitants tels que Cégélec (groupe Vinci) ou Inéo (Groupe Engie). Huit heures par jour, par tous les temps, jusqu’à ses 59 ans. « L’hiver, bien sûr, il fait froid. Et c’est très dur de manipuler du matériel dans ces conditions, de garder les mains habiles. Mais le chaud, c’est terrible aussi. Derrière les tôles, le soleil tape dur. Et quand vous avez en plus les soudeurs qui chauffent ces tôles pour leur donner les bonnes formes, c’est vraiment difficile. » En sus de cette pénibilité, il y a l’amiante. La fibre toxique est présente partout dans les chantiers : isolation, cloisons, portes des chaudières…
L’ancien ouvrier se souvient que la poussière d’amiante a commencé à se dissiper au début des années 1990 seulement, « quand ils ont installé des systèmes d’aspiration » (l’amiante n’a été interdite en France qu’en 1997). Des collègues partent des chantiers en retraite anticipée. « Là, j’ai commencé à me dire : mais, et nous ? » Claude Viscuso s’est alors penché sur les textes réglementaires qui permettaient aux salariés des chantiers navals exposés à l’amiante de partir en préretraite. « J’ai découvert que pour avoir accès à la retraite anticipée, il fallait que l’entreprise soit inscrite sur une liste, qu’elle soit reconnue comme un lieu de travail ayant exposé ses salariés. Mais les sous-traitants ne sont pas inscrits sur ces listes. »

« Quand les menuisiers découpaient les panneaux, la poussière volait partout »

Les ouvriers sous-traitants des chantiers navals ne bénéficient d’aucun droit à cette préretraite, même s’ils ont été exposés à l’amiante autant et aussi longtemps que leurs collègues non sous-traitants. « On se retrouve dans une situation incroyable : deux personnes qui ont fait le même travail, au même endroit, toute leur vie, avec les mêmes risques par rapport à l’amiante, ont des droits différents au moment du départ en retraite », constate l’ancien ouvrier. « À exposition identique à l’amiante, les conditions de départ devraient être identiques. Mais, en fait, seul le salarié qui a un lien juridique avec une entreprise listée en profite, les sous-traitants, non, les intérimaires, difficilement », précise Frédéric Quinquis, avocat associé au cabinet Michel Ledoux et Associés, qui défend les victimes de l’amiante.
Intérimaires et sous-traitants interviennent pourtant en nombre dans ces secteurs particulièrement exposés. « Les sous-traitants sont omniprésents sur les chantiers navals, relève Patrick Hamon, directeur de la section des Pays de la Loire de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva). On les retrouve parmi les tuyauteurs et les chaudronniers, qui sont les cœurs de métier des chantiers. » Des dizaines d’entreprises, grandes ou petites, s’activent sur la construction d’un navire. Des menuisiers interviennent par exemple pour la confection des cabines des navires, dont les parois ont longtemps été constituées de maronite, un matériau qui contient de l’amiante. « Quand les menuisiers découpaient les panneaux, la poussière volait partout », se souvient Gérard Rastel, électricien intérimaire sur les chantiers. Maintenant qu’est venu le temps du désamiantage, les sous-traitants sont à nouveau très sollicités.

Une préretraite pour compenser la perte d’espérance de vie

Le droit à une préretraite pour les travailleurs de l’amiante existe depuis 1999 [1]. Peuvent en bénéficier, d’une part, les travailleurs déjà atteints par une pathologie liée à l’amiante (cancer broncho-pulmonaire, lésions de la plèvre, etc.). D’autre part, les travailleurs – même non diagnostiqués – de secteurs et d’entreprises directement contaminées par l’amiante peuvent aussi demander l’allocation. Il s’agit d’entreprises de fabrication de matériaux contenant de l’amiante, d’isolation à l’amiante, de certains métiers des chantiers navals, et des dockers et travailleurs de manutention des ports. Ils peuvent prétendre à cette préretraite à partir de 50 ans, selon leur nombre d’années d’exposition à la substance toxique, même s’ils ne sont pas – encore – malades. C’est pourtant loin d’être un privilège. L’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata) a été pensée comme une« compensation de la perte d’espérance de vie », comme l’écrit pudiquement la Cour des comptes [2]. Car pour les travailleurs qui ont été exposés pendant des années, les probabilités de développer une maladie grave, comme le cancer, sont élevées.
Il s’agit de pouvoir leur laisser goûter un peu de leur retraite, après une vie passée à turbiner. « On a une espérance de vie moindre. Ce n’est donc que justice de nous laisser partir à la retraite plus tôt, estime Claude Viscuso. Ici, à Saint-Nazaire, tout le monde a quelqu’un de proche qui est malade ou mort de l’amiante. Mon beau-père, qui a travaillé toute sa vie sur les chantiers, a fini ses jours, malade, chez nous, avec les poumons plein d’eau. Ma tante est morte aussi, contaminée en lavant les bleus de son mari, qui rentrait des chantiers couvert d’amiante. »
En quinze ans, un peu plus de 87 000 personnes ont bénéficié de cette préretraite amiante, sur 132 000 demandes [3]. Le nombre de bénéficiaires diminue de façon continue depuis 2011. À l’heure actuelle, un peu plus de 21 000 personnes touchent cette allocation. 4 000 nouveaux dossiers ont été acceptés en 2014, 2 000 demandes ont été refusées.

« Un parcours du combattant que certains refusent de faire »

« Des milliers d’intérimaires et de salariés de sous-traitants qui ont travaillé avec l’amiante, notamment sur les chantiers navals, ont travaillé pour des entreprises qui ne figurent pas sur les listes, explique André Fadda, secrétaire de l’union syndicale de l’intérim CGT. Parfois, ils ont travaillé pour une boîte dont seul le siège est sur la liste, mais pas l’agence qui les employait. Là aussi, ça bloque. La Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat, chargée de traiter ces dossiers), refuse leur demande de départ anticipé, ou ne prend pas en compte tous les contrats dans lesquels ils ont pourtant été en contact avec l’amiante. »
La Carsat des Pays de la Loire nous confirme suivre cette ligne, qui est celle des directives nationales : « Le salarié d’un sous-traitant peut bénéficier de l’allocation uniquement si l’établissement de sous-traitance dont il est salarié est inscrit sur les listes des établissements ouvrant droit à l’allocation. » Les intérimaires sont un peu mieux lotis : ils peuvent bénéficier de la préretraite s’ils parviennent à prouver, grâce à leurs contrats de mission, leurs périodes d’activité au sein des entreprises listées, même s’il y ont travaillé par l’intermédiaire d’un boîte d’intérim. Cela suppose d’avoir conservé tous ses contrats de missions, qui sont souvent très courts dans le cadre de l’intérim, et pour des périodes d’exposition qui datent de plus de quinze ans.
« Il faut fournir tous les ordres de mission, que les gens n’ont pas toujours. Alors on essaie de monter des dossiers avec des témoignages. Quelquefois, on va jusqu’au tribunal des affaires de sécurité sociale pour défendre les dossiers d’intérimaires »,témoigne Patrick Hamon. « Les intérimaires doivent retracer eux-mêmes toute leur carrière, déplore Gérard Rastel. C’est un parcours du combattant que certains refusent de faire. Ce que l’on demande, c’est simplement que les personnes qui ont été au contact de l’amiante aient toutes les mêmes droits, salariés directs des chantiers, intérimaires et sous-traitants ».

Des entreprises qui contestent leur classement « amiante »

Pour aider les salariés de sous-traitants, la seule solution est de faire inscrire leurs entreprises sur les listes en question, qui contiennent environ 1 700 entreprises aujourd’hui [4]. Mais pour qu’une entreprise sous-traitante devienne « entreprise amiante », cela met parfois des années. « C’est très compliqué, résume Patrick Hamon, de l’Andeva. Il faut réunir des témoignages, retrouver des traces d’achat d’amiante, essayer d’avoir accès aux archives des entreprises. Et celles-ci ne coopèrent pas toujours. Et souvent elles ont disparu, ou bien elles ont été rachetées. Bref c’est un gros travail. Quand on y arrive, cela prend environ cinq à six ans. »
Les démarches sont aussi laborieuses dans d’autres régions. « On y arrive parfois, mais c’est quelque chose qui prend du temps, » confirme Julie Andreu, avocate en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Quand une entreprise est ajoutée à la liste des établissements classés « amiante », ce n’est jamais définitivement gagné. Car certaines font appel de cette inscription. « C’est le choix qu’a fait l’usine d’engrais de Yara, près de Saint-Nazaire. Et elle a gagné », dit Patrick Hamon. Entre-temps, le salarié continue à travailler malgré des plaques pleurales, des lésions sur les parois des poumons provoquées par l’amiante. « On peut travailler avec, mais on s’essouffle plus vite. Et on augmente les risques de cancers. »
Pourtant, l’Andeva ne désarme pas. Et poursuit sa bataille juridique : « Nous avons même déposé une question prioritaire de constitutionnalité [possibilité ouverte à toute personne de soutenir qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit, ndlr] sur l’inégalité de traitement entre salariés des entreprises et salariés des sous-traitants [5]. » Celle-ci a été rejetée par la Cour de cassation. L’association de défense des victimes de l’amiante demande aussi la mise en place d’un accès individuel à la préretraite amiante. L’attribution de l’allocation se ferait, indépendamment des listes d’entreprises « amiantées » établies par décret ministériel, sur la base de l’exposition réelle de chaque travailleur. Ce n’est pas la direction prise par les pouvoirs publics.
Un rapport gouvernemental sur le sujet a été remis au Parlement en 2015 [6]. Il devait examiner la possibilité d’ouvrir l’accès à l’allocation sur la base d’éléments sur l’exposition réelle des travailleurs. « Les travailleurs de l’amiante qui ont exercé une partie de leur activité dans des établissements figurant sur les listes mais qui étaient alors employés par des entreprises sous-traitantes se heurtent au refus de prendre en compte ces périodes », reconnaît ce rapport. Tout en rejetant l’élargissement de l’allocation sur la base de l’exposition réelle. Justification ? Cela coûterait trop cher.

« Tout le monde en a marre des victimes de l’amiante »

Aujourd’hui, l’allocation est presque intégralement financée par la branche « accidents du travail et maladies professionnelles » du régime général de la Sécurité sociale, dont le financement est assuré par tous les employeurs. Un financement mutualisé qui « exonère les entreprises responsables d’exposition à l’amiante des conséquences financières de leurs activités », comme l’avait souligné la Cour des comptes [7]. L’Andeva et les syndicats demandent depuis des années que les industriels de l’amiante soient associés à ce financement. En vain. En 2005, une contribution spéciale au financement de l’allocation avait bien été instaurée. Elle devait être payée par les entreprises dont au moins un salarié en bénéficiait. Mais cette participation des entreprises de l’amiante a été abandonnée quatre ans plus tard, « compte tenu des difficultés de recouvrement liées notamment à la disparition de certaines des entreprises concernées », précise la Cour des comptes.
Pour les bénéficiaires, le montant de l’allocation est loin d’être mirobolant.« L’allocation, c’est 65 % du brut », détaille Gérard Rastel. Entre 800 et 850 euros pour un ouvrier au smic. « Donc, évidemment, ils continuent à travailler. Nous aimerions enfin ouvrir cette allocation amiante à d’autres métiers : garagistes, mécaniciens, plombiers. Des métiers souvent exercés par des petits artisans. »
L’heure n’est pas à l’extension des droits à la préretraite amiante. « La Carsat nous pose de plus en plus de difficultés pour accepter les dossiers », constate l’ancien électricien intérimaire. « On a de plus en plus de refus de prises en charges des maladies professionnelles, renchérit Patrick Hamon. Certains interlocuteurs, notamment la caisse primaire d’assurance maladie, refusent de nous parler au téléphone. Ils demandent à parler directement à la victime, même si celle-ci ne veut pas – ou ne peut pas – s’exprimer. Parce qu’elle n’ose pas ou parce qu’elle est traumatisée par les manières brutales avec lesquelles on l’a déjà interrogée. Et nous parlons ici des personnes déjà malades ! »
Autre exemple de ce raidissement, la Cour de cassation a refusé à des dockers le droit de prétendre au préjudice d’anxiété, une compensation pour avoir été exposés à des substances dangereuses et devoir vivre avec cette épée de Damoclès : la menace, voire l’attente de la maladie. Les dockers font pourtant partie des métiers qui ont droit à la préretraite amiante, et sont donc considérés par la loi comme ayant été exposés [8] « On a l’impression que tout le monde en a marre des victimes de l’amiante, que ça leur a coûté trop cher. C’est un peu comme s’ils nous disaient : écoutez, nous vous avons déjà beaucoup donné. Maintenant, mourrez en silence »,soupire Patrick Hamon.
Nolwenn Weiler, Rachel Knaebel
Source : http://www.bastamag.net/