jeudi 3 avril 2008

AMIANTE : CE MAL QUE JE GERE

Je vis l’enfer !
Ayant manipulé « de » l’amiante pendant l’exercice de mon activité professionnelle à l’arsenal de TOULON, je vivais dans la crainte avec le secret espoir que moi, moins exposé que ceux qui travaillaient à bord ainsi que je le pensais, pouvait passer au travers.
Las ! Un jour une IRM me révéla la terrible réalité. Du jour au lendemain ma vie va basculer. L’enfer s’installe en moi, dans ma tête et ne me laissera plus un moment tranquille.
Je regarde les miens, mon épouse qui ne sait plus ce qu’est la joie, le bonheur au sens le plus simple du terme. Mes filles qui ont un autre comportement envers moi, derrière lequel je sais ce qui se dissimule avec infinie délicatesse qui m’émeut énormément. Mes petits enfants et toute cette affection dont je serai prématurément privé !
Le stress de chaque instant, la mort qui rode autour de moi ; moi qui aime la tellement la vie. La peur d’infliger aux miens le triste spectacle de ma dégénérescence qui les fera si cruellement souffrir.
Me voir partir, rongé par ce mal terrifiant sans que je puisse me défendre.
Mes pensées lugubres de chaque instant que Dieu fait…. Seul moi en connais le poids si insupportable soit-il.
On m’aura interdit de vivre plus avant alors que par ma constitution physique et mentale jusqu’à peu, je regardais loin. Je regardai haut, emportant avec bonheur et les idées claires tout ce que la vie peut offrir de merveilleux à un être humain.
Fini cet espoir !
Tout çà à cause de l’amiante, ce poison insidieux qu’on n’a pas hésité à me faire ingurgiter, faute de quelques moyens de protection qui seraient allés de soi en milieu riche et civilisé et n’auraient par ruiné la DCAN TOULON, puissante industrie d’état pour laquelle je me serai donné à fond pendant tant d’années.
Le patriotisme de l’entreprise appris aux apprentis, pratiqué avec scrupules et pugnacité et finalement bien mal récompensé en retour.
Je pense à moi d’abord, pour une fois, mais aussi aux autres. Ceux qui sont avec moi logés à la même enseigne, à ceux qui ne sont plus.

Paul GERMANI
Paul GERMANI est adhérent de l’ASAVA. Retraité de la DCAN il a été un militant syndical connu et apprécié par tous ceux qui l’ont côtoyé.
Ce témoignage poignant de Paul résume bien les souffrances morales que subissent les victimes de l'amiante. Il exprime avec les mots justes, pour exprimer sa détresse, et la notre. Si notre souffrance pouvait atteindre ceux qui nous ont empoisonnés, la justice n'aurait pas à les condamner, ils seraient pulvérisés !

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