mercredi 4 février 2009

Cachez ce flocage d'amiante...

Des flocages d'amiante décrépits dans les écoles? «Il n'y a pas de problème», me répète Alain Perron, porte-parole de la Commission scolaire de Montréal après qu'on eut annoncé que 24 écoles où la présence d'amiante est particulièrement préoccupante sont placées sous haute surveillance.
Le flocage d'amiante est un procédé autrefois utilisé consistant à pulvériser de l'amiante (sur les plafonds, notamment). C'était très efficace comme isolant contre le feu et contre le bruit. Mais aussi très dangereux pour les travailleurs qui s'y exposaient. Le procédé est interdit depuis les années 70. Sauf qu'il en reste des traces dangereuses. Notamment dans nos écoles en décrépitude où, avec le temps et l'usure, des résidus sont libérés dans l'air.Quelles écoles ont été placées sous haute surveillance? Ma collègue Louise Leduc a réussi à mettre la main sur la liste, bien que la CSDM ait refusé catégoriquement de la rendre publique.Pourquoi ce manque de transparence? «Ce n'est pas un manque de transparence. Au contraire, c'est une preuve de vigilance», me disait hier le porte-parole de la commission scolaire, précisant qu'il ne fallait pas créer de vent de panique, que la présidente de la CSDM n'était pas disponible pour des entrevues et que, de toute façon, on n'avait rien à ajouter à ce que Louise Leduc avait déjà écrit dans le journal à ce sujet mercredi.Récapitulons: 24 écoles mont- réalaises que l'on refuse de nommer publiquement sont sous haute surveillance parce que la présence d'amiante y est préoccupante. Mais il n'y a pas de problème, dit la CSDM, en nous assurant que sa culture du secret est une preuve de vigilance. Au droit du public à l'information, on oppose ici une forme de paternalisme cachottier visant officiellement à ne pas faire peur aux gens.S'il n'y a pas de problème, pourquoi place-t-on les écoles sous haute surveillance? Pourquoi a-t-on déjà investi 12 millions en inspections et travaux de désamiantage entre 1999 et 2002? Pourquoi a-t-on même envisagé la fermeture d'une école et le déménagement de ses élèves?«Il n'y a pas de problème», me répète le porte-parole de la CSDM, visiblement agacé par toutes ces questions. Quelques heures plus tard, il a rappelé pour dire que les parents des élèves fréquentant les écoles secrètes en question ont été informés par écrit des inspections et des travaux en cours. S'ils ont été informés, pourquoi donc continuer de cacher la liste des écoles? «Parce que je vous l'ai dit... Il n'y a pas de problème.»Le risque est très faible, soit. Il n'y a pas de quoi paniquer, non. Mais il y a lieu d'informer les gens adéquatement. La Direction de la santé publique indique que «dans les conditions d'exposition rencontrées dans les écoles et les édifices publics, le risque d'amiantose est inexistant et celui des autres maladies est très faible chez les usagers de ces édifices».Un enfant court 70 fois moins de risques de mourir d'un cancer lié à l'amiante que de mourir dans un accident de bicyclette ou en ingérant un corps étranger. Mais il y a une différence entre un risque choisi et un risque qui nous est imposé sans que l'on en soit adéquatement informé.En France, où on a interdit l'utilisation de l'amiante en 1997, une étude publiée l'automne dernier par l'Institut de veille sanitaire et l'Inserm souligne les dangers de l'exposition même passive à l'amiante (par opposition à l'exposition «professionnelle» des travailleurs de la construction, par exemple). On y décrit le cas de cinq scientifiques de Jussieu, à Paris, morts d'un mésothéliome (un cancer de la plèvre lié à l'amiante). Pendant une période allant de 10 à 35 ans, durant la construction du campus, ils ont tous eu le malheur de se retrouver à proximité d'un chantier de flocage. Des chantiers qu'on sait maintenant à risque élevé.Paradoxalement, alors que l'amiante est banni dans plusieurs pays européens, alors que les graves problèmes de santé qui y sont associés sont bien connus, Québec a adopté en 2002 une politique encourageant son utilisation dans les édifices publics afin d'en soutenir l'industrie et de pouvoir mieux en promouvoir la vente à l'étranger... Une politique décriée par l'Institut national de santé publique du Québec, qui juge que «l'utilisation sécuritaire» de l'amiante est beaucoup trop compliquée pour être encouragée, notamment dans le secteur de la construction.Mais comme le Québec est l'un des principaux producteurs d'amiante du monde, il semble que l'on préfère y pratiquer l'aveuglement volontaire en la matière. Il n'y a pas de problème...
Source : http://www.cyberpresse.ca/

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