dimanche 8 février 2009

Les amiantés de Renault continuent leur combat


Fin 2007, le constructeur automobile était définitivement condamné pour la mort d'un salarié du Mans. L'association de défense des victimes de l'amiante soutient d'autres dossiers.
Avec huit nouvelles procédures engagées en l'espace d'un an, l'association des victimes de l'amiante Renault au Mans (Advarm) ne lâche pas le morceau. D'autant que la victoire définitive remportée par la famille de Michel Freulon, en octobre 2007, a établi qu'il y a bien eu, pendant longtemps, de l'amiante chez Renault. Et qu'elle a tué.
Sept ans après la mort de l'ouvrier, quatre procès et un passage par la Cour de cassation, la justice a condamné Renault pour « faute inexcusable » dans la mort de Michel Freulon, estimant que l'entreprise connaissait la dangerosité des poussières, avant même l'inscription du cancer de l'amiante, en 1996, comme maladie professionnelle.
« C'est dégueulasse »
Aujourd'hui, l'Advarm soutient 16 familles engagées dans des procédures similaires. C'est que la petite centaine d'adhérents ont tous perdu ou côtoient tous un mari, un frère, un copain de boulot, malades des poussières d'amiante inhalées pendant des années à l'usine.
« Alors, quand les familles des victimes entendent les avocats de Renault affirmer que l'ouvrier, malade ou décédé, a peut-être été contaminé en bricolant chez lui, franchement, ça fait très mal. C'est dégueulasse », lâche André Pousse, le président de l'Advarm. La colère est là, la détermination encore plus forte.
« Chaque fois que c'est possible, on incite les familles à déposer un recours en faute inexcusable de l'employeur », insistent André Pousse et son vice-président Michel Bouvet. Les familles peuvent aussi directement se tourner vers le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante, créé notamment pour les malades dont l'employeur a disparu. « Mais quand l'employeur existe toujours, c'est quand même à lui de payer, non ? Pas à la collectivité ! »
Pic de décès en 2020
Problème : les procédures sont longues et souvent épuisantes pour les malades et leurs familles. « Et Renault fait traîner les choses », accuse l'Advarm. Roger Pousse, le frère d'André, est décédé de l'amiante en 2003. Condamné en appel pour faute inexcusable, Renault s'est pourvu en cassation... mais l'entreprise ne l'a pas fait dans un dossier identique également perdu en appel. André Pousse espère que « ce n'est pas pour me faire payer mon engagement ».
Aujourd'hui, l'Advarm a de nouvelles inquiétudes : « Que le gouvernement tente de minimiser les conséquences de l'amiante, dont le pic de décès sera atteint seulement en 2020. » Un rapport du Sénat avait avancé 200 000 morts. « Une mission mise sur pied par le président Sarkozy évoque désormais entre 60 000 et 100 000 morts. Pas question que ce soit un argument pour réduire les cotisations des employeurs à l'indemnisation des maladies professionnelles. »
Patrick ANGEVIN.
Ouest-France

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