Peut-on, à Thetford Mines, parler de l'amiante en dehors du lobby prochrysotile sans être menacé d'un "comité d'accueil particulier"?L'Association des victimes de l'amiante du Québec (AVAQ) a dû annuler sa réunion du 31 mai, qui avait pour but de donner une suite à notre étude publiée cet automne par un journal scientifique international.Les personnes que nous souhaitions réunir pour en discuter nous avaient fait part de leurs préoccupations pour l'avenir de la région. Or, il y a des programmes fédéraux pour la transition économique des régions dont la principale industrie va fermer. Pourrait-on associer la régénération des haldes à la relance de la région? Il s'agissait de réunir un petit groupe pour lancer la démarche.L'AVAQ avait invité à cette réunion un représentant de la coalition Ban Asbestos Canada pour nous informer de ces programmes. BAC est une coalition de syndicats, de groupes environnementaux et de santé publique. Son objectif est de promouvoir au Canada l'appel de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour éliminer les maladies causées par l'amiante, chrysotile inclus, en cessant d'en produire.BAC demande au gouvernement canadien d'arrêter la production de l'amiante et, comme condition préalable, d'appuyer les régions minières dans leur reconversion économique, parce qu'elle place au premier plan le bien-être des travailleurs miniers.Il ne s'agit pas de renier les batailles des travailleurs de l'amiante, ni la contribution de leurs prédécesseurs en santé et sécurité du travail. Ces luttes ont concouru à la modernisation du Québec et de nos lois en santé et sécurité du travail. Nous avons beaucoup de respect pour les gens de la région qui se sont battus pour leur santé et qui se battent pour leur emploi.Mais ce qui a été possible dans les mines ne l'est pas forcément ailleurs. Les mineurs sont regroupés localement, soutenus syndicalement et bénéficient d'un énorme capital de sympathie de tout le Québec. Tout cela a forcé les compagnies à assainir les mines et les moulins. Ce n'est pas le cas de beaucoup de travailleurs qui, actuellement au Québec et au Canada, sont exposés de manière non sécuritaire à l'amiante dans la construction, les fonderies, l'industrie des fibres, etc. C'est ce qui a poussé des organisations syndicales canadiennes à fonder BAC.Le respect le plus élémentaire pour les mineurs et les gens de la région, c'est de cesser de faire miroiter une hypothétique reprise de l'industrie. Le mouvement international de bannissement ne va pas régresser. La concurrence internationale des industries minières ne va pas s'atténuer.Refuser de parler de l'après-amiante, intimider ceux qui veulent le faire, ne peut que réduire encore la possibilité d'une réelle reconversion. Il serait triste que les derniers mineurs se retrouvent au chômage sans compensation comme ceux de la Bell et la région sans programme d'aide à la reconversion économique et à la régénération de l'environnement minier, parce que ses élites jouent à l'autruche.Micheline Marier, AVAQLarry Stoffman, BAC
Source : http://www.cyberpresse.ca
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