


Ecrit par Turin, le 28-04-2009 00:00
La journée mondiale des victimes de l’amiante qui se célèbre aujourd’hui prend tout son sens cette année à la lumière du procès pénal qui s’est ouvert à Turin contre l’ancienne direction du groupe Eternit, accusée d’être responsable de la mort de plus de 2.000 personnes. Un procès emblématique dont la portée dépasse les frontières
"Strage Eternit – Giustizia" Ces trois mots figurant sur les étiquettes collées aux vêtements des victimes de l’amiante participant au procès résument parfaitement leur drame ainsi que leurs attentes Plus de 1.500 victimes de l’amiante à ce jour, auxquelles s’ajoutent les 400 personnes actuellement touchées par la maladie : c’est le lourd tribut que Casale Monferrato continue de payer, à elle seule, pour la présence d’une usine Eternit dans sa commune. Si la ville piémontaise est la plus touchée par le drame, il ne faut pas oublier les victimes des autres usines, celles de Cavagnolo (Piémont), de Bagnoli (Campanie), et de Rubiera (Emilie-Romagne), elles aussi tristement connues à cause des nombreux décès liés à l’amiante : le triste bilan s’élève désormais à plus de 2.000 morts… Cette année, toutefois, à l’occasion de la Journée mondiale des victimes de l’amiante, la réflexion et le deuil se mêlent pour la première fois à l’espoir d’obtenir enfin justice. Le 6 avril dernier s’est tenue à Turin la première audience préliminaire du procès qui doit établir les responsabilités pénales du groupe Eternit pour ce désastre humanitaire et environnemental. Sur le banc des accusés, l’ancienne direction de l’entreprise internationale : l’industriel suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain De Cartier. Ils sont accusés de ne pas avoir pris les mesures nécessaires afin de préserver la santé de leurs employés ainsi que de la population environnante, alors même qu’ils étaient au courant de la toxicité des fibres d’amiante.
Turin, jeudi 23 avril, à la sortie d’une audience préliminaire. Le travail d’enquête du procureur Raffaele Guariniello a permis de recenser 2.889 personnes lésées par Eternit entre 1952 et 2008 (Photo Lpj)Les conséquences de l’exposition aux fibres d’amianteUtilisé dans le bâtiment en raison de ses qualités d’isolation, l’amiante est en effet une substance extrêmement dangereuse : en cas d’inhalation de fibres d’un diamètre inférieur à 3 µm, les personnes exposées peuvent contracter des maladies du système respiratoire comme l’asbestose, le cancer du poumon, de la plèvre (mésothéliome) ou autres pathologies. Le manque de précautions et l’absence d’interventions de désamiantage de la part d’Eternit seraient à l’origine du désastre qui fait l’objet du procès. Les anciens ouvriers ont été touchés, mais aussi les familles, puisque les vêtements de travail étaient lavés à domicile. Sans oublier les "victimes environnementales", les riverains des usines, frappés eux aussi par des cancers. Puisque la période de latence entre l’exposition aux fibres d’amiante et l’apparition des premiers symptômes est souvent longue, le bilan des personnes touchées par la maladie ne cesse de s’alourdir : chaque année, 35 à 40 nouveaux cas sont enregistrés et le phénomène risque de continuer à se produire encore jusqu’en 2015, voire au-delà. Il est facile de deviner le cauchemar que vivent les anciens ouvriers, leurs familles et les habitants des zones concernées.
Le Palais de Justice de Turin où en ce moment se déroule également le procès Thyssenkrupp, concernant un grave accident survenu dans l’usine turinoise du groupe et qui a provoqué la mort de 7 ouvriers (Photo Lpj)Le procès de Turin : un cas qui pourrait faire jurisprudence ?L’importance du procès pénal italien dépasse les frontières, puisqu’il s’agit d’une première. Il représente une occasion précieuse pour aborder le thème d’une plus grande harmonisation au niveau européen au sujet de la sécurité des travailleurs et de l’indemnisation des victimes : de plus, des initiatives communes pourraient également être envisagées en fonction de l’issue du procès. Exemple de la forte mobilisation internationale, la participation massive de délégations françaises, belges et suisses qui se sont rendues à Turin lors de la première audience préliminaire le 6 avril. A ce jour, 736 victimes et 29 associations et organismes (parmi lesquels figure aussi la Région Piémont) se sont constitués partie civile. Il s’agit d’un nombre considérable que la défense voudrait réduire, en excluant non seulement certaines associations mais aussi les parties civiles ayant déjà conclu un accord dans le cadre d’un procès précédent (1993). Le juge des audiences préliminaires (Gup) se prononcera sur ce point lors de la prochaine audience prévue pour le 18 mai. Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com - Turin) mardi 28 avril 2009
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