
Non seulement la présence d'amiante a retardé les travaux de rénovation mais elle nécessite la recherche de tous les anciens techniciens du théâtre depuis 1981.
Protégé par une bulle géante sous laquelle l'air est confiné, le grand plateau du théâtre de La Criée est envahi par de gros sacs destinés à stocker l'amiante. Ils partiront sous peu à Bordeaux, dans une usine de traitement. On peut observer le travail des employés de l'entreprise Isotherma Krief par une fenêtre transparente taillée dans cet immense bonbon de toile plastifiée. Ils fonctionnent par vacation d'une heure à peine, à cause de la chaleur à la limite du supportable. Ce chantier gigantesque de désamiantage, qui a démarré fin mai, a retardé considérablement le cours normal des travaux déjà programmés dans le théâtre. Avec des conséquences sur sa programmation artistique. "Le spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff est reporté en avril 2010, résumait hier matin Jean-Louis Benoit, le directeur de La Criée. Celui de Matthias Langhoff, "Hamlet- Cabaret", qui était prévu au début du mois d'octobre, est annulé, comme "Autour de Rainald Goetz", que nous devions accueillir dans le cadre d'Act'Oral et qui se déroulera finalement à Montevideo les 1er et 2 octobre". La saison commencera en fait avec la création de Jean-Louis Benoit, "La nuit des rois" de William Shakespeare, le jeudi 5 novembre. Car entre le jour de la "livraison du chantier", autour du 1er octobre, et celui de l'ouverture, le bureau de contrôle et la commission communale de sécurité devront se prononcer sur la capacité du théâtre à recevoir le public. Une phase de tests des nouveaux circuits électriques devra aussi être programmée. "Ce qui signifie que nous ouvrirons le théâtre avec un bon mois de retard", livrait en conclusion Alexandre Madelin, l'administrateur. En novembre, le problème de l'amiante ne sera pas définitivement réglé pour autant. Car si deux cas de maladie professionnelle (dont un encore en cours d'instruction) sont actuellement connus, d'autres pourraient se révéler. Un système de surveillance médicale a été mis en place par l'Inspection du travail pour les permanents du théâtre. "On va faire des recherches dans nos fichiers pour informer du risque tous les techniciens qui ont travaillé chez nous depuis 1981, confiait hier Jérôme Mathieu, le directeur technique. Ce sera très facile pour les années 2000-2009 car ces fichiers sont informatisés. Pour remonter plus loin, on va embaucher quelqu'un qui vadevoir effectuer ce travail pendant six mois au moins". Le théâtre supportera-t-il seul cette charge supplémentaire ? Jean-Louis Benoit espère une aide des tutelles, d'autant plus qu'il affirme ne jamais avoir eu connaissance de la présence d'amiante dans son théâtre. "Je suis arrivé en 2002, on m'a dit qu'il n'y en avait pas. Deux rapports vont d'ailleurs dans ce sens, on a donc vécu sur ces déclarations. On a appris qu'en 2006, une nouvelle étude contredisait les précédentes et annonçait la présence d'amiante à La Criée. Or, je n'ai jamais reçu ce rapport-là." Du côté des services techniques de la Ville, on affirme qu'une copie de cette étude a bien été adressée au théâtre, en décembre 2006. Pour l'adjoint chargé de la Culture, Daniel Hermann, "la décision de désamianter La Criée est une mesure de prévention" même si, insiste-t-il, "il n'y a jamais eu d'amiante volatile dans le théâtre". Donc, aucun risque pour le public bien sûr, qui découvrira, dans quelques jours, une façade considérablement rafraîchie. Classée (c'est celle de l'ancienne criée aux poissons), elle sera désormais ornée de lettres rouges et noires, sur fond ivoire.
Source : http://www.laprovence.com/
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