lundi 21 juin 2010

Amiante: les premiers ministres accusés d'hypocrisie

Après des scientifiques, des politiciens et des travailleurs de l'étranger, c'était au tour de professionnels de la santé et de proches de victimes de se joindre à la bataille et d'appeler les gouvernements fédéral et québécois à mettre fin à la production et l'exportation de l'amiante.
Une coalition de militants qui s'est réunie sur la colline parlementaire à Ottawa, mercredi midi, a accusé les premiers ministres canadien et québécois d'hypocrisie.
«Nous exportons, sans exagération, la misère humaine à une échelle monumentale», a déploré en point de presse, peu avant la manifestation, le député Pat Martin, du Nouveau Parti démocratique, qui a travaillé dans une mine d'amiante à l'aube de la vingtaine.
Car si l'amiante est trop dangereux pour être utilisé au pays, le Canada et le Québec sont «complices de ces morts» en prétendant le contraire aux pays du tiers-monde auxquels ils vendent le minerai, a martelé le néo-démocrate Thomas Mulcair, dont le parti est un grand opposant à l'industrie de l'amiante.
«Qu'un premier ministre du Québec puisse aller en Inde et avoir le culot de dire que c'est leur problème s'ils n'appliquent pas des règles assez sévères, alors qu'au Québec, année après année, (...) avec nos standards, on n'est pas capables de respecter les normes pour l'amiante, on comprend qu'on est complices d'un acte criminel à l'international si on continue d'exporter», a martelé le député d'Outremont.
D'autant plus que le gouvernement fédéral rénove actuellement les édifices du Parlement afin d'en retirer l'amiante, jugé trop dangereux pour ses propres députés, a noté M. Martin.
De passage en Inde cet hiver, le premier ministre québécois, Jean Charest, avait répliqué à ses détracteurs que le gouvernement indien avait «l'ultime responsabilité de l'utilisation sécuritaire du chrysotile».
Or, le groupe réuni mercredi comptait notamment un expert en santé au travail venu directement de New Delhi, le docteur Tushar Kant Joshi, qui n'a pas accepté le refus de M. Charest de cesser d'exporter de l'amiante dans les pays en voie de développement.
«Si cela (l'exportation d'amiante) a peut-être aidé un peu la santé de l'économie canadienne, ça a gravement mis en danger la santé publique dans la plupart des pays», a-t-il fait valoir.
Et c'est aussi un mensonge que de prétendre que certaines formes d'amiante peuvent être utilisées de façon sécuritaire, ont argué les médecins et politiciens.
Mike Bradley, maire de la ville de Sarnia, en Ontario, où l'amiante a été banni, a quant à lui fait valoir que les premiers ministres du Canada, Stephen Harper, et du Québec avaient l'`obligation morale de cesser cette pratique' d'exporter le minerai.
La coalition appelle les gouvernements à interdire la production et l'exportation de l'amiante.
Reconnaissant l'importance de cette industrie au pays, particulièrement au Québec qui est le principal producteur au Canada, le groupe demande également la création de politiques de transition pour les travailleurs des régions qui seraient touchées par une telle interdiction.
Ayant subi directement les effets secondaires du minerai, la veuve d'un travailleur minier, Sandra Kinart, a sommé les gouvernements d'agir.
«Aucun homme ne s'habille tous les matins pour aller travailler et mourir. (...) Honte aux employeurs, honte à mon gouvernement qui ne protège pas les travailleurs. Ils ne sont pas des marchandises jetables», a déploré cette résidante de Sarnia, qui a également perdu son beau-frère et un ami des suites d'un cancer, une maladie qui afflige de nombreux travailleurs de l'amiante.
Si les dirigeants fédéraux et provinciaux se font presser depuis des années dans ce dossier sans broncher, les représentants réunis mercredi à Ottawa se disent néanmoins optimistes que leurs élus ne puissent plus faire la sourde oreille trop longtemps.
Ils estiment que la pression populaire ne s'atténuera pas et que c'est la réputation internationale du Canada et du Québec qui sont en jeu.
«Ce n'est plus un débat sur la science. C'est un débat sur les politiques et la volonté politique de notre pays et de nos dirigeants», a estimé Hassan Yussuff, du Congrès du travail du Canada

Aucun commentaire: