lundi 28 juin 2010

« L'amiante, on pensait que c'était un produit qui nous protégeait »


Claude Tange préside l'Association de défense des victimes de l'amiante de la sidérurgie Usine des Dunes (ADVASUD)-CGT. Pour lui, chaque mot compte. Depuis dix ans, il se charge de le rappeler, en mémoire du temps passé au contact de la fibre tueuse.
D'un grand sac en plastique, Claude Tange sort un long manteau en amiante, un tablier en amiante, des gants en amiante et une paire de sandales à l'épaisse semelle de bois doublée d'une couche d'amiante. De l'amiante partout ! « On pensait que c'était un produit qui nous protégeait. Il était obligatoire de porter ces équipements pour éviter les brûlures et les projections de métal ou pour marcher sur les plaques chaudes, sinon c'était un avertissement ! Personne ne nous a dit que c'était dangereux. » Il en parle comme de « pièces de collection » - remplacées depuis quelques années par des tenues avec de l'aluminium -, puis ajoute : « des pièces à conviction ». Il les verrait bien produites comme preuves dans un procès en correctionnelle ô combien attendu ! Un procès qui dénoncerait « la criminalité industrielle » de « patrons » davantage attachés à dégager des bénéfices qu'à préserver la santé de leurs salariés.
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« L'étiquette CGT inscrite dans nos statuts »
On reconnaît là l'argumentaire de la CGT, mais comment s'en étonner ? « Notre nom - Association de défense des victimes de l'amiante de la sidérurgie Usine des Dunes-CGT - parle de lui-même. L'étiquette CGT est inscrite dans nos statuts. » On lui rappelle la question posée par un adhérent qui assistait à une assemblée générale il y a quelques années : « Est-ce que le sigle du syndicat ne dissuade pas les victimes de venir nous rejoindre ? » « Je m'en souviens. Je lui avais répondu : "La porte de l'association est ouverte pour entrer, elle est aussi ouverte pour sortir". » Et vlan !
Claude Tange ne s'embarrasse pas de périphrases. Il suffit de l'écouter parler des conditions de travail dans l'usine sidérurgique de Leffrinckoucke qu'il a connues de 1976 à 1994. « Délégué du personnel et responsable du syndicat », il a, assure-t-il, « fait tous les postes de l'aciérie : fondeur, pontonnier... ». « On savait qu'il y avait de l'amiante, partout, dans le process de fabrication, dans la protection des hommes, des outils, des machines. Pour préserver la chaleur dans la poche de coulée, on mettait dessus des sacs d'amiante de 25 kilos. Dans les lingotières, on mettait de la poudre d'amiante. On manipulait les sacs à la main, sans masque. » La matière première amenée dans l'usine pour y être fondue contenait aussi ces fibres cancérogènes : vieilles voitures, anciennes cuisinières, tuyauterie calorifugée d'entreprises démontées...
« L'amiante ne fait pas le tri dans le personnel »
Terminée, cette période ? Pas du tout ! Les maladies, parmi lesquelles les cancers de la plèvre et du poumon, peuvent se déclencher des dizaines d'années après l'exposition sans protection des voies respiratoires. Et sans distinction : « L'amiante ne fait pas le tri dans le personnel : cadres, ingénieurs, techniciens, agents de maîtrise... » énumère Claude Tange.
Depuis juin 2000, il préside l'ADVASUD-CGT qu'il a fondée. « Au départ, on était 26 membres, aujourd'hui plus de 500. En dix ans, on a enregistré 87 décès parmi nos adhérents. »

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