
Un bâtiment déjà montré du doigt comme étant bourré d’amiante a occasionné la fermeture du collège beau-bassinois. Ce n’est pas un cas isolé, des milliers de Mauriciens habitent encore les maisons EDC datant des années soixante. (Photo : Le bâtiment Emmanuel Anquetil déclarée «prohibited area » en raison de la présence d’amiante en janvier 2010.)
Mieux vaut prévenir que guérir. Fort de ce précepte, le ministère de l’Education a décidé de fermer le Lycée des Villes-Sœurs, du moins temporairement, ce mardi 18 janvier, l’amiante étant soupçonné d’être derrière l’effondrement, la veille, du toit d’un bâtiment se trouvant dans l’enceinte de cet établissement situé à Beau-Bassin.
La décision a été prise après consultation avec des officiers de la Santé et une lettre a été adressée aux parents des quelque 118 élèves pour leur signaler ce congé forcé. La fermeture devrait durer deux jours au moins, le temps que les inspecteurs sanitaires passent au peigne fin l’immeuble décrépit mis en cause et de procèdent au désamiantage si besoin est.
Cette affaire fait grimacer le syndicaliste Reeaz Chuttoo. Car cela fait près de deux décennies qu’il se bat au sein du « Commitee for the banning of asbestos » afin que l’Etat daigne mener une action sanitaire concrète en faveur des 40 000 Mauriciens vivant dans les maisons EDC - construites après le passage du cyclone Carol par l’European Development Community dans les années 60 et tombant en décrépitude dans les différentes régions de l’île.
En janvier 2010, l’Etat s’est rué dans les brancards en fermant toute une aile du bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis, où sont concentrés les ministères de la Santé, de la Fonction publique, de la Jeunesse et des Sports, du Développement économique et des bureaux de l’Etat Civil. La santé de 3 000 personnes pesait dans la balance suite à la découverte de « l’amiante bleue » dans ce bâtiment lors des travaux de rénovation.
A l’époque, les travaux duraient depuis près d’un an et nul n’avait jugé bon de vérifier si les cloisons de cet immeuble construit peu après l’Indépendance ne contenaient pas cette substance cancérigène. Ce n’est qu’après que des cloisons aient été abattues pour installer de nouveaux conduits pour la climatisation que la Government General Services Union (GSSU) a découvert le pot aux roses : un responsable d’un organisme parapublic est parti en quatrième vitesse avec ses affaires quand une des cloisons de son bureau a été découpée.
Cette fuite en avant a aussitôt mis la puce à l’oreille du syndicat. La GSSU a aussitôt réclamé des explications auprès du Mauritius Standards Bureau (MSB). Des tests ont été effectués dans un laboratoire anglais et les résultats ont dormi dans un tiroir des mois durant.
Quand le scandale a éclaté fin décembre 2009, l’Etat s’est décidé à faire subir des tests médicaux aux occupants de l’immeuble. Un an plus tard, Rashid Imrith de la GSSU ne sait toujours pas quels sont les résultats de ces examens, d’autant que lors des travaux, aucun des ouvriers ou des fonctionnaires ne portaient de masques de protection « Ce n’est pas maintenant qu’on saura quels ont été les effets de l’amiante », soupire le syndicaliste.
Reeaz Chuttoo, lui, continue sa bataille. Depuis 1994, il ne cesse de réclamer un audit complet des bâtiments gouvernementaux datant de l’époque coloniale et post-indépendance bourrés d’amiante. En 1999, sa requête est acceptée et un expert anglais, John Addison, est dépêché dans l’île.
En 2001, le rapport a été remis au gouvernement, mais n’a pas été rendu public. Dans le cas du Lycée des Villes-Sœur, Reeaz Chuttoo indique avoir déjà attiré l’attention de la Santé sur le bâtiment vétuste se trouvant dans la cour de cet établissement. « L’Etat a toujours pratiqué la politique de l’autruche. Sous ce même gouvernement, les maisons EDC ont été vendues aux personnes qui les occupent, et le ministre du Logement a indiqué au Parlement que le problème d’amiante n’est plus celui de l’Etat », déplore-t-il.
D’après le syndicaliste, 40 000 personnes sur trois générations qui ont vécu dans ces maisons, doivent impérativement être soumise à des examens médicaux afin d’établir si elles n’ont aucun ennui de santé.
Source: http://www.lexpress.mu/
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