Tribunal des prud'hommes, le 25 avril : dix travailleurs du centre de
production de Sanofi chimie à Vitry-sur-Seine, essentiellement des retraités,
demandent que soit reconnu le préjudice d'anxiété pour exposition à l'amiante.
Ils sont représentatifs des secteurs de l'usine où les salariés ont été le plus
exposés à l'amiante pendant des dizaines d'années : la chaufferie de l'usine,
mais aussi les labos, les fabrications et les corps d'état (mécanique,
chaudronnerie).
Pour que ce préjudice soit reconnu, il faut avoir été exposé à l'amiante,
mais également démontrer la responsabilité de l'employeur. L'avocate de la
direction n'a même pas cherché à nier cette exposition tant elle est évidente.
Tout juste a-t-elle affirmé que « de toute façon à cette époque tout le monde
utilisait l'amiante, il y en avait partout ». Par contre, elle dément toute
responsabilité de la direction, avec les arguments mille fois entendus : « À
l'époque, on ne savait pas. »
Et surtout elle s'appuie sur le fait que, quelques semaines auparavant, la
Cour d'appel administrative de Paris rejetait la requête du CHSCT de l'usine qui
demandait son inscription sur la liste des établissements « amiante ». Cela
aurait ouvert la possibilité pour près d'une centaine de salariés de partir en
préretraite. Il fallait pour cela prouver que les opérations de calorifugeage
étaient une partie significative de l'activité. Le tribunal avait jugé que la
fréquence était trop faible et avait suivi l'argumentation de la direction.
Le fait d'avoir été exposé quotidiennement à l'amiante, le nombre de
pathologies déclaré (plus de 80 cas, entraînant la mort d'au moins vingt
salariés), tout cela n'entre pas dans les critères « administratifs ».
La longue plaidoirie de l'avocate de Sanofi s'est terminée par une
déclaration effarante : « Je peux vous dire, messieurs, qu'en tant que l'une des
avocates d'Eternit j'estime que ces salariés ont eu bien de la chance de
travailler chez Sanofi, et pas à Eternit. » Et d'ajouter en substance « Au
Canada, il y a encore des mines d'amiante, alors si l'amiante était si
dangereuse, il y aurait bien plus de maladies » Des déclarations lamentables et
révoltantes, certes, mais qui ne font qu'exprimer ce que pensent les
patrons.
Quant à la responsabilité de la direction dans ce drame sanitaire, elle a été
réaffirmée par l'avocate des salariés, qui a rappelé qu'à sept reprises les
tribunaux des affaires de la Sécurité sociale ont prononcé la faute inexcusable
de Sanofi Vitry à l'occasion de procès intentés par des victimes ou leurs
ayants-droits.
Le verdict sera connu le 11 juillet 2014.
Correspondant LO
Source: http://www.lutte-ouvriere-journal.org
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