lundi 18 avril 2016

Amiante : dix-huit ex-salariés d’AGC veulent être reconnus «anxieux"

C’est une épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête de dix-huit anciens salariés du verrier AGC. Pendant 17 ans, ils ont manipulé et respiré de l’amiante en grande quantité. Hier, devant le conseil des prud’hommes de Douai, et après trois ans de procédure, ils voulaient que leur inquiétude soit enfin reconnue.

La marge de manœuvre était très serrée pour l’avocate parisienne, Me Aveline, chargée de défendre hier après-midi, au conseil des prud’hommes de Douai, dix-huit anciens salariés d’AGC, verrier anichois. Ils voulaient faire reconnaître par la justice un préjudice d’anxiété lié à une exposition prolongée à l’amiante sur leur poste de travail entre 1960 et 1977.
Lors de l’assemblée générale hier matin, l’avocate avait prévenu : « Ce sera une audience compliquée, car les décisions de la cour de cassation ne jouent pas en notre faveur. » Depuis un an, pour obtenir une indemnisation pour préjudice d’anxiété, il faut que le site d’activité soit répertorié sur la liste de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (ACAATA).

« J’ai peur de ce qui peut me tomber dessus.

Or, la demande n’a jamais été faite par les ex-salariés d’AGC. Et « aujourd’hui, il y a prescription. Vous n’avez pas d’inscription ni de demande d’inscription, ça ferme la question du droit, rappelle l’avocate du verrier. Depuis la découverte du danger de l’amiante par les salariés en 2007 et le début de la procédure en 2013, plus de cinq ans sont passés. Trop tard.
Pour autant, Me Aveline conteste une situation judiciaire « injuste. Par principe, je ne renoncerai pas au préjudice d’anxiété !, tonne l’avocate. Ces salariés ont manipulé de l’amiante pendant des années et on doit leur dire : non, vous ne souffrez pas d’anxiété car vous n’avez pas travaillé sur un site classé ACAATA. On veut nier l’anxiété et le fait qu’un jour, ils puissent tomber malades. »
Pour les dix-huit ex-salariés, la situation est une épée de Damoclès. « J’ai 62 ans, j’ai travaillé pendant une dizaine d’années au contact de l’amiante. On m’a découvert des plaques pleurales qui m’empêchent de bien respirer, il y a de quoi être inquiet. Et j’ai peur de ce qui peut me tomber dessus. Pourtant, on ne veut pas nous reconnaître anxieux », déplore Xavier (*).
À défaut d’avoir des certitudes sur l’issue de la procédure pour préjudice d’anxiété, les dix-huit clients réclament aussi des comptes sur le manquement à l’obligation de sécurité d’AGC. «L’entreprise ne peut se réfugier derrière l’idée qu’elle ne savait pas, nous avons des photos, des attestations de ces employés qui ont manipulé et respiré l’amiante », rappelle Me Aveline. Mais selon la partie adverse, « ce n’est pas à AGC de répondre, il n’était pas l’opérateur au moment des faits. »
Dans la salle, de nombreux soupirs de lassitude se font entendre. « Cela fait trois ans que la procédure est engagée, c’est trop », soupire Nadine Piccioni, 61 ans. Il leur faudra encore attendre jusqu’au 24 mai, jour du délibéré.


(*) Prénom d’emprunt. À la sortie, le représentant d’AGC ne souhaitait pas s’exprimer.


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