Les
traitements actuels pour traiter certains cancers agressifs comme le
mésothéliome, lié à une exposition à l'amiante, donnent des résultats cliniques
décevants. En quête de nouvelles voies, des chercheurs de l'Institut de chimie
des milieux et matériaux de Poitiers (CNRS/Université de
Poitiers), en collaboration avec une équipe nantaise du
Centre derecherche en cancérologie Nantes-Angers (INSERM/CNRS
/Université de Nantes/Université d'Angers) et une équipe du Laboratoire de chimie des
polymères organiques de Bordeaux (CNRS/Université de Bordeaux) ont développé
une approche originale utilisant des nanovecteurs actifs sur des cibles
épigénétiques. Résultat: une réduction de 80% de la croissance tumorale chez la souris. Ces
travaux sont publiés dans la revue Theranostics.
Le
mésothéliome pleural, cancer lié
à l'amiante, est une forme très agressive de cancer des
poumons pour lequel le traitement actuel est peu probant. Une stratégie innovante
de traitement de cette pathologie proposée
actuellement par la communauté scientifique repose
sur les mécanismes épigénétiques de régulation de l'expression de gènes. En effet,
dans les cellules cancéreuses, les gènes chargés des mécanismes du contrôle cellulaire
sont rendus inopérants par un processus de "marquage" épigénétique
anormal. Ce marquage anormal étant réversible, il peut être reprogrammé afin de
réactiver les mécanismes normaux de régulation cellulaire.
Au cours de travaux antérieurs, les chercheurs de
l'Institut de
chimie des milieux et matériaux de Poitiers sont partis du constat que la
formation du mésothéliome est associée à la diminution, entre autres, d'une
marque épigénétique, résultant de l'activité anormale
des désacétylases d'histones (HDAC) surexprimées dans la plupart des cancers.
L'utilisation de molécules bloquant l'activité de ces désacétylases pourrait
donc se révéler efficace en oncologie. L'équipe a ainsi développé une nouvelle molécule bloquant
ces HDAC. L'efficacité de ce nouveau composé a été validée grâce à la
réalisation de nombreux tests biologiques par une l'équipe du Centre de
recherche en cancérologie Nantes-Angers.
Afin de minimiser les inconvénients dus à
l'utilisation in vivo de
cette molécule (toxicité,métabolisme, effets secondaires, manque de sélectivité pour
les organes à traiter), les chercheurs ont associé à cette stratégie
épigénétique des nanovecteurs thérapeutiques à base de polymères. Ces vecteurs,
élaborés par le Laboratoire de chimie des polymères organiques de Bordeaux,
sont capables d'acheminer sélectivement un agent actif à l'intérieure des
cellules tumorales grâce à leur fort pouvoir de pénétration. Le résultat le
plus marquant a été obtenu sur un modèle murin orthotopique de mésothéliome
péritonéal avec une réduction de 80% de la croissance tumorale, alors que la
molécule active ou le vecteurutilisé seuls ne donnent aucun effet. Ces travaux
vont maintenant se poursuivre afin d'envisager un transfert vers la clinique.
Référence publication:
Fatima el Bahhaj, Iza Denis, Loic Pichavant, Régis
Delatouche, Floraine Collette, Camille Linot, Daniel Pouliquen, Marc Grégoire,
Valérie Héroguez, Christophe Blanquart & Philippe Bertrand
Histone Deacetylase Inhibitors Delivery using
Nanoparticles with Intrinsic Passive Tumor Targeting Properties for Tumor
Therapy
Theranostics 25 mars 2016
Source : http://www.techno-science.net/
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