lundi 13 mars 2017

Amiante : Comafranc à Danjoutin poursuivi en justice par des ex-salariés

Des ex-salariés de la société Comafranc à Danjoutin attaquent leur direction devant le conseil des prud’hommes de Belfort. Ils ont été licenciés fin 2016 pour abandon de poste. Ils avaient refusé de retourner au travail après la découverte d’amiante sur leur site.
Neuf anciens employés de Comafranc, une entreprise spécialisée dans les matériaux de construction à Danjoutin, ont assigné leur direction devant la justice. Ils ont exercé leur droit de retrait en octobre 2016, après la découverte d’amiante sur leur lieu de travail. L'entreprise devait effectuer un diagnostic pour réaliser des travaux de rénovation. Le rapport de l’expert est formel : de l’amiante a été relevé sur le site.
Dans son rapport de 129 pages établi le 6 septembre dernier, l'expert indique que "des matériaux et produits contenant de l'amiante ont été repérés dans les locaux". Il s’agit de poussières relevées sur des bardages extérieurs en acier qui pourraient provenir de la toiture. Inquiets pour leur santé, une dizaine de salariés refuse alors de retourner au travail tant que les craintes ne sont pas levées.
Les salariés sont tombés sur un mail de l’expert qui mentionnait la présence d’amiante et demandait à la direction de prendre les mesures nécessaires pour le personnel. « Beaucoup se demandent s’ils n’avaient pas été exposés à l’amiante, s’ils n’avaient pas respiré ces poussières pendant des années » explique Brice Michel, leur avocat« L’employeur n’a pas communiqué de document écrit démontrant l’absence de risque pour leur santé » appuie la défense.

Licenciés pour abandon de poste

Refusant de reprendre le travail sans avoir de garanties sur leur santé, l'employeur décide alors de mettre les salariés en demeure. En novembre et décembre, neuf d'entre eux sont licenciés pour abandon de poste qui constitue une faute grave. « Ils ont tous perdu leur travail. Certains qui n’avaient pas beaucoup d’ancienneté devraient rebondir rapidement. Les autres plus âgés auront des difficultés à en retrouver. Certains ont passé plus de 25 ans chez Comafranc » poursuit leur avocat.

Échec de la conciliation

Le 6 février dernier, la tentative de conciliation pour trouver une solution à l’amiable échoue devant le conseil des prud’hommes de Belfort. Les salariés qui contestaient le motif du licenciement espéraient une offre de la part de Comafranc pour mettre un terme au litige. Or, la société a indiqué qu’il n’y avait pas d’accord possible et a maintenu l’abandon de poste sans raison légitime poursuivant la procédure. «Comafranc est venu dire que ce sont les outils de l’expert qui étaient exposés initialement à l’amiante et non les prélèvements ou le matériel du site de Danjoutin. C’est une position surprenante» rapporte Brice Michel.

Des salariés inquiets pour leur santé

« On se pose des questions, j’hésite à faire des radios. Est-ce qu’il faut savoir si on a quelque chose ou pas en sachant qu’une maladie peut très bien se déclencher plus tard. C’est la loterie, car on sait qu’on a été exposés » témoigne Franck Meyer qui a passé 17 années dans l'entreprise.
Financièrement, la situation est très difficile pour ces ex-salariés. « A 48 ans, c’est dur de retrouver du travail. Tout ça parce que nous avons voulu faire ressortir des inquiétudes et demander des justificatifs, c’est accablant » poursuit cet ex-salarié qui, comme ses collègues licenciés, espère obtenir les indemnités à hauteur du préjudice lors de l’audience devant le conseil des prud’hommes de Belfort.

Audience le 12 juin

Par le biais de leur avocat, les ex-salariés ont saisi la justice pour contester le motif des licenciements et demander réparations pour le préjudice subi. Selon Me Michel, ces licenciements ne répondent pas à des causes justes et sérieuses. Il va plaider le motif légitime de retrait compte tenu de la suspicion d’exposition à l’amiante.
« Quand un salarié est exposé à l’amiante, il sait qu’un jour il déclenchera une maladie. Et c’est cette anxiété qui peut durer 10 ans, 15 ans, 20 ans qui fait l’objet d’une réparation devant le conseil des prud’hommes » ajoute l’avocat des ex-salariés. Les deux parties se retrouveront pour une nouvelle audience décisive le 12 juin prochain.

Sérénité du côté de la direction

De son côté, la direction indique qu'une procédure est en cours et qu'elle la vit avec sérénité. Elle tient toutes les pièces à disposition des prud’hommes mais elle ne souhaite pas faire de commentaires sur cette affaire.
Source : https://www.francebleu.fr

Aucun commentaire: