mercredi 12 septembre 2007

L'ex-paquebot "France" pourra être démantelé en Inde


La Cour suprême indienne a donné son feu vert, mardi 11 septembre, au démantèlement et au désamiantage de l'ancien paquebot France, rebaptisé Blue Lady, dans les chantiers navals d'Alang, à l'ouest du pays. Le navire, qui contient 12 000 tonnes d'amiante et autres matières toxiques, avait été autorisé à jeter l'ancre à 500 m des côtes indiennes, en mai 2006, dans l'attente d'une décision de justice. A l'époque, il venait d'être refoulé du Bangladesh, qui estimait un désamiantage sur son sol trop dangereux.

Pendant plus d'un an, les associations de défense de l'environnement se sont opposées à son démantèlement en Inde, insistant sur les conditions de travail déplorables dans les chantiers navals. D'après leurs estimations, un ouvrier sur six souffre d'asbestose, maladie incurable liée à l'inhalation de poussière d'amiante, et trente hommes meurent chaque année en dépeçant les navires.
"Les ouvriers n'ont ni l'équipement ni la protection nécessaires pour travailler au contact des matières toxiques", assure Ingvild Jenssen, coordinatrice de la plate-forme des organisations non gouvernementales sur le démantèlement des navires. Les maires de douze villages des environs d'Alang sont venus témoigner des ravages de la pollution dans les cours d'eau et les nappes phréatiques, car "aucun chantier naval ne traite les produits chimiques", précise-t-elle.
Mais la Cour suprême a décidé de suivre l'avis du groupe d'experts constitué pour l'occasion. Dans son rapport, ce comité affirme que les chantiers d'Alang disposent des infrastructures nécessaires pour traiter les matières dangereuses.
"Nous allons démanteler le navire, en suivant les mêmes règles et avec les mêmes précautions qu'aux Etats-Unis ou en Europe", explique un responsable de Priya Blue Industries, l'entreprise qui a racheté le Blue Lady pour un montant estimé à 12 millions d'euros. D'après lui, des consultants spécialisés dans le traitement des matières toxiques seront recrutés, alors que les pièces dangereuses seront isolées puis mises sous scellés, avant d'être transportées en lieu sûr.
CONCURRENCE
Tout au long de cette bataille judiciaire, c'est la crédibilité - et donc l'avenir - de l'industrie indienne du démantèlement qui était en jeu. Soumis à la rude concurrence de pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou la Chine, les chantiers navals indiens traversent une période difficile. "Il y a vingt ans, le pays comptait 175 sites, alors qu'il n'y en a plus aujourd'hui que 25, avec seulement 45 navires arrivés sur nos côtes depuis le début de l'année", déplore Vishnu Gupta, président de l'Association indienne des industries de démantèlement de navires.
La carcasse de 46 000 tonnes du Blue Lady soulagera l'appétit croissant de l'industrie indienne pour les matières premières. Un avocat de Priya Blue Industries avait déclaré, au cours de la procédure : "Le navire doit rester. L'Inde a besoin d'acier, bien plus que d'autres pays."
Le démantèlement devrait commencer dans trois mois.
Eternel drame de la misère. Pour nourrir leurs enfants, les pères mourront.

Aucun commentaire: