La volonté de regrouper les établissements de sécurité sanitaire (1) a été réaffirmée par le ministère chargé de la santé en 2008 (2). André Aschieri, vice-président de l'Afsset, est inquiet de la disparation annoncée de cette agence dont il a été un des fondateurs.
Pourriez-vous rappeler le contexte ayant conduit à la création de l’Afsse, devenue l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) en 2005?
En 1997, année de mon élection en tant que député des Alpes-Maritimes (apparenté Vert), trois crises sanitaires majeures -le sang contaminé, la vache folle et l’amiante- sont au cœur de l’actualité politique. En tant que membre de la commission parlementaire des affaires sociales, je participe au côté de Jean-François Mattéi à l’élaboration de la loi de 1998 sur la création de trois agences sanitaires indépendantes: l’Etablissement français du sang, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Mais la création d’une quatrième agence de sécurité sanitaire environnementale (Afsse), en réponse à la crise de l’amiante, s’est heurtée dès le départ à un blocage du gouvernement.
Comment expliquer cette réticence politique?
Ce blocage trouve son origine dans l’influence exercée par les industriels de la chimie et de la pharmacie auprès du Parlement et des ministères, un lobbying dénoncé dans un livre et non démenti depuis (3). Il faut rappeler que l’impact sur la santé des produits chimiques, à l’exception du cas de l’amiante, n’était pas encore un sujet médiatisé.
Quel a été votre rôle dans la création de l’Afsse en 2002?
En 1998, conformément à la mission que m’avait confiée le Premier ministre Lionel Jospin, j’ai remis un rapport préconisant la mise en place d’une telle agence sur le modèle de structures existant dans d’autres pays européens. Cependant, l’examen de la proposition de loi portant création de l’Afsse a duré 4 ans et a nécessité 4 lectures au Parlement avant son adoption en 2000 puis la publication du décret d’application en 2002! J’ai ensuite participé, au côté de la directrice de l’agence Michèle Froment-Védrine, à la mise en place de l’établissement dans un contexte difficile lié à une insuffisance de moyens matériels et humains. Une faiblesse qui a toutefois pu être surmontée en 2005, grâce à l’intervention de Jacques Chirac sous l’impulsion de Nicolas Hulot. L’Agence a alors vu son budget, ses effectifs et la taille de ses locaux multipliés par 10.
L’Afsse, censée garantir l’indépendance de l’évaluation des risques, a été discréditée en 2005 suite à la révélation de conflits d’intérêt au sein du comité d’expertise sur la téléphonie mobile. Comment l’expliquez-vous?
Ce dysfonctionnement est une conséquence du manque de toxicologues en France et de leurs mauvaises conditions de rémunération dans le secteur public. Au final, la majorité sont recrutés par des industriels pour effectuer des tests visant à démontrer l’innocuité de leurs produits. Par ailleurs, la téléphonie mobile est un sujet très sensible en raison de la forte influence des opérateurs. Le retard pris dans la publication des résultats de l’étude Interphone illustre ce constat. Cependant, les dernières recommandations de l’Afsset, qui soulignent la nécessité de limiter l’usage des téléphones mobiles pour les enfants et les adolescents, vont dans le bon sens.
Quel sort sera réservé à l’Afsset dans le cadre de la réorganisation des agences sanitaires?
Le budget 2009 de l’Afsset, selon une annonce officieuse, serait réduit de 4 millions d’euros par rapport à 2008 [Ndlr : environ 20 millions d’euros]: ce serait une catastrophe. La fusion avec l’Afssa, apparaît comme l’option la plus probable, même si la décision est encore en cours d’arbitrage. Un tel remaniement conduirait à un affaiblissement de l’agence par une réduction de son indépendance et de son rayonnement. L’objectif d’économie de moyens qui sous-tend la fusion des agences ne devrait pas s’appliquer dans le domaine de la santé et de la prévention. Quant à la mission d’évaluation en santé au travail confiée à l’agence en 2005, elle risque également de disparaître. Or, le volet Santé au travail est très complémentaire de l’aspect Santé environnementale car les travailleurs sont souvent les premières victimes des effets toxiques des produits. Mais il existe depuis l’origine une volonté de faire disparaître l’Afsset car certains de ses travaux gênent les industriels.
L’Afsset joue donc un rôle si crucial?
Elle possède une structure unique qui lui permet de donner une réponse rapide en cas de doute sur la dangerosité d’un produit pour l’homme et l’environnement, à l’instar de la réactivité de l’Afssa en cas de contamination alimentaire. Son rôle est d’autant plus essentiel que les problèmes liés à l’environnement sont en augmentation. A titre d’exemple, l’impact sanitaire des nanotechnologies, une des principales menaces actuelles, fait l’objet de plusieurs expertises par l’Afsset. Au cours du Grenelle de l’environnement, tous les membres du groupe de travail n°3 (Santé-environnement) ont reconnu le rôle indispensable de l’Afsset, d’ailleurs citée dans la plupart des travaux des autres groupes.
De quels soutiens disposez-vous dans votre combat en faveur de l’Afsset?
J’ai écrit des lettres aux ministres concernés et au président de la république. Jean-Louis Borloo, ministre de l’environnement et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de l’environnement, soutiennent l’Afsset et militent contre son éventuelle fusion et sa perte d’indépendance. Je suis également soutenu par un groupe de toxicologues présidé par François Jacob, prix Nobel de médecine, et constitué notamment de William Dab, Marcel Goldberg et Alain Grimfeld. Enfin, je compte faire une déclaration lors du conseil d’administration de l’Afsset, le 21 octobre prochain.(1)Outre l’Afsset, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’Agence de biomédecine, l’Institut national du cancer (Inca), l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), etc.(2) Voir l’article du JDLE «Avenir incertain pour l’Afsset»(3) «Silence, on intoxique: face aux lobbies, la longue bataille pour sauver notre santé», André Aschieri et Roger Lenglet, Editions de la découverte (2005)
Source : http://www.journaldelenvironnement.net/fr
Pourriez-vous rappeler le contexte ayant conduit à la création de l’Afsse, devenue l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) en 2005?
En 1997, année de mon élection en tant que député des Alpes-Maritimes (apparenté Vert), trois crises sanitaires majeures -le sang contaminé, la vache folle et l’amiante- sont au cœur de l’actualité politique. En tant que membre de la commission parlementaire des affaires sociales, je participe au côté de Jean-François Mattéi à l’élaboration de la loi de 1998 sur la création de trois agences sanitaires indépendantes: l’Etablissement français du sang, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Mais la création d’une quatrième agence de sécurité sanitaire environnementale (Afsse), en réponse à la crise de l’amiante, s’est heurtée dès le départ à un blocage du gouvernement.
Comment expliquer cette réticence politique?
Ce blocage trouve son origine dans l’influence exercée par les industriels de la chimie et de la pharmacie auprès du Parlement et des ministères, un lobbying dénoncé dans un livre et non démenti depuis (3). Il faut rappeler que l’impact sur la santé des produits chimiques, à l’exception du cas de l’amiante, n’était pas encore un sujet médiatisé.
Quel a été votre rôle dans la création de l’Afsse en 2002?
En 1998, conformément à la mission que m’avait confiée le Premier ministre Lionel Jospin, j’ai remis un rapport préconisant la mise en place d’une telle agence sur le modèle de structures existant dans d’autres pays européens. Cependant, l’examen de la proposition de loi portant création de l’Afsse a duré 4 ans et a nécessité 4 lectures au Parlement avant son adoption en 2000 puis la publication du décret d’application en 2002! J’ai ensuite participé, au côté de la directrice de l’agence Michèle Froment-Védrine, à la mise en place de l’établissement dans un contexte difficile lié à une insuffisance de moyens matériels et humains. Une faiblesse qui a toutefois pu être surmontée en 2005, grâce à l’intervention de Jacques Chirac sous l’impulsion de Nicolas Hulot. L’Agence a alors vu son budget, ses effectifs et la taille de ses locaux multipliés par 10.
L’Afsse, censée garantir l’indépendance de l’évaluation des risques, a été discréditée en 2005 suite à la révélation de conflits d’intérêt au sein du comité d’expertise sur la téléphonie mobile. Comment l’expliquez-vous?
Ce dysfonctionnement est une conséquence du manque de toxicologues en France et de leurs mauvaises conditions de rémunération dans le secteur public. Au final, la majorité sont recrutés par des industriels pour effectuer des tests visant à démontrer l’innocuité de leurs produits. Par ailleurs, la téléphonie mobile est un sujet très sensible en raison de la forte influence des opérateurs. Le retard pris dans la publication des résultats de l’étude Interphone illustre ce constat. Cependant, les dernières recommandations de l’Afsset, qui soulignent la nécessité de limiter l’usage des téléphones mobiles pour les enfants et les adolescents, vont dans le bon sens.
Quel sort sera réservé à l’Afsset dans le cadre de la réorganisation des agences sanitaires?
Le budget 2009 de l’Afsset, selon une annonce officieuse, serait réduit de 4 millions d’euros par rapport à 2008 [Ndlr : environ 20 millions d’euros]: ce serait une catastrophe. La fusion avec l’Afssa, apparaît comme l’option la plus probable, même si la décision est encore en cours d’arbitrage. Un tel remaniement conduirait à un affaiblissement de l’agence par une réduction de son indépendance et de son rayonnement. L’objectif d’économie de moyens qui sous-tend la fusion des agences ne devrait pas s’appliquer dans le domaine de la santé et de la prévention. Quant à la mission d’évaluation en santé au travail confiée à l’agence en 2005, elle risque également de disparaître. Or, le volet Santé au travail est très complémentaire de l’aspect Santé environnementale car les travailleurs sont souvent les premières victimes des effets toxiques des produits. Mais il existe depuis l’origine une volonté de faire disparaître l’Afsset car certains de ses travaux gênent les industriels.
L’Afsset joue donc un rôle si crucial?
Elle possède une structure unique qui lui permet de donner une réponse rapide en cas de doute sur la dangerosité d’un produit pour l’homme et l’environnement, à l’instar de la réactivité de l’Afssa en cas de contamination alimentaire. Son rôle est d’autant plus essentiel que les problèmes liés à l’environnement sont en augmentation. A titre d’exemple, l’impact sanitaire des nanotechnologies, une des principales menaces actuelles, fait l’objet de plusieurs expertises par l’Afsset. Au cours du Grenelle de l’environnement, tous les membres du groupe de travail n°3 (Santé-environnement) ont reconnu le rôle indispensable de l’Afsset, d’ailleurs citée dans la plupart des travaux des autres groupes.
De quels soutiens disposez-vous dans votre combat en faveur de l’Afsset?
J’ai écrit des lettres aux ministres concernés et au président de la république. Jean-Louis Borloo, ministre de l’environnement et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de l’environnement, soutiennent l’Afsset et militent contre son éventuelle fusion et sa perte d’indépendance. Je suis également soutenu par un groupe de toxicologues présidé par François Jacob, prix Nobel de médecine, et constitué notamment de William Dab, Marcel Goldberg et Alain Grimfeld. Enfin, je compte faire une déclaration lors du conseil d’administration de l’Afsset, le 21 octobre prochain.(1)Outre l’Afsset, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’Agence de biomédecine, l’Institut national du cancer (Inca), l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), etc.(2) Voir l’article du JDLE «Avenir incertain pour l’Afsset»(3) «Silence, on intoxique: face aux lobbies, la longue bataille pour sauver notre santé», André Aschieri et Roger Lenglet, Editions de la découverte (2005)
Source : http://www.journaldelenvironnement.net/fr
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