dimanche 8 février 2009

LUTTER JUSQU'AU BOUT

«J'ai le sentiment qu'il est reparti à l'hôpital, tant il y faisait des navettes », explique Jacqueline Picout, l'épouse de l'homme qu'on mettait en terre, hier, au cimetière de la Beylive à Bergerac.
André, son mari, est décédé le 29 décembre à 67 ans, victime de l'amiante. Le 18 décembre dernier, son cancer était reconnu maladie professionnelle. Tout au long de sa carrière d'ouvrier d'entretien, il avait côtoyé « ce poison ». Au début, il exerçait aux établissements Renard à Bergerac et Barse au Bugue, puis pendant vingt-cinq ans à Valence (Drôme) chez Rhône Poulenc. Une fois sa retraite acquise, André Picout était rentré en profiter paisiblement auprès des siens dans le Périgord.
Le faire savoir à tous
Aux côtés des membres du Collectif d'élimination rapide de l'amiante et de défense des exposés aux risques de Dordogne (Cerader 24), Jacqueline souhaitait témoigner pour prolonger le combat de son mari. Même dans les moments les plus intimes, comme celui de l'enterrement. « Je trouve que c'est une honte (NDLR : d'avoir utilisé l'amiante). Il faut le faire savoir, même à ceux qui l'ignorent. Le 29 décembre, je devais encore envoyer un certificat pour certifier de son invalidité », argumente la veuve.
La famille, entourée d'une quinzaine de membres du bureau du Cerader, a transformé la cérémonie de recueillement en tribune, pour éviter que « ce véritable fléau ne touche de nouvelles générations de travailleurs ».
La maladie avait seulement été révélée en mars 2008, lors d'une radiographie de contrôle pour une opération du genou. « Sinon, on ne l'aurait jamais su avant la fin. Les gens disent que cela a été foudroyant, mais ce n'est pas vrai. Cela couvait depuis longtemps », raconte Jacqueline.
Le quarante-neuvième décès
Depuis la création du collectif en 2003, René Vincent son président, enterre la quarante-neuvième victime des 165 dossiers. « C'est un terrible et douloureux bilan à ce jour, qu'il nous est difficile de supporter... avec une moyenne d'âge de décédés de 62 ans alors que l'espérance de vie des hommes est aujourd'hui de 78 ans ». Pour autant, le décès n'éteint pas les démarches « longues et éprouvantes » de reconnaissance, ni la lutte pour l'éradication. En effet, outre la reconnaissance et les indemnisations, l'association s'inquiète de l'utilisation de l'amiante dans les années futures.
« La commission européenne, qui devait totalement interdire l'amiante dès cette année, a mis en débat la poursuite et l'extension des dérogations permettant son utilisation. L'interdiction arrachée à ce niveau (NDLR : de la Commission européenne) seulement en 2005 est donc malmenée. L'amiante est un matériau très pratique dans de nombreuses utilisations. Il ne coûte pas cher. Voila, la raison du lobbying de certains industriels. », s'indigne René Vincent. Bien qu'il n'est pas été parmi les plus proches d'André Picout, le simple fait de s'apercevoir qu'ils étaient partis « faire leur régiment dans le même contingent 61/3 » l'a particulièrement touché. Une preuve, s'il en était besoin, que cela n'arrive pas qu'aux autres.
En sa mémoire, la famille a aussi désiré faire lecture d'un texte de C. Henry Scott Holland : « La mort n'est rien... que mon nom soit prononcé comme il en a toujours été ».
Cerader 24 : 22, avenue du commandant Pinson, 24 130 La Force. Tél. 06 88 46 55 33 ou par mail : cerader24@wanadoo.fr
Source : http://www.sudouest.com

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