« Entre 1977 et 1982, nos patrons nous ont demandé de nous débarrasser de centaines de sacs d’amiante pure de 50 kg en provenance d’URSS et du Canada dans quatre décharges à ciel ouvert autour de la ville de Saint-Malo, avec notre camion de 10 tonnes », affirme, formellement, Bernard Gaudin, 68 ans, magasinier dans une société de manutention maritime, dans le dernier numéro du journal de la Fnath, une association qui défend les personnes victimes du travail et des accidents de la vie. « Ces décharges ont été recouvertes depuis. » Un de ses collègues, Jean-Pierre, témoigne également qu’il a participé à ces convois. Un autre, encore, Auguste, a servi de chauffeur, mais il est décédé en 1997 d’une maladie liée à l’amiante, reconnue. Bernard Gaudin indique avoir jeté ces sacs dans une ancienne décharge située à 1 km de l’aéroport de Dinard-Pleurtuit. Puis à Launay-Créhen. On y trouve un champ à la place (notre photo), sur lequel subsistent éparpillés des semelles de chaussures, des vieux bouts de sacs en plastique, des tubes, des queues de casseroles... Le 3e lieu se situe à Saint-Malo, en pleine ville, sur la montagne Saint-Joseph. Le dernier est à Pont-Prin sur la commune de Saint-Méloir-des-Ondes : une déchetterie a été ouverte sur les lieux.
Palettes d’1,5 tonne
Bernard Gaudin était employé chez Jokelson & Handtsaem. La compagnie fusionne avec les établissements Poussin en 1978. Elle devient la SMG en 83. À l’époque, affirment nos sources, « on importait de l’amiante pour Éternit à Saint-Grégoire. À partir de 1981, des stocks se sont accumulés dans les magasins 3 et 4 qui font environ 300 m2 chacun ». « L’amiante y était entreposée sur des palettes d’1,5 tonne. » « Elles servaient à cloisonner l’espace de manière à ranger des cargaisons de céréales destinées au bétail, explique Guy, un manutentionnaire. Des sacs ont été éventrés. La poudre s’est mélangée au reste. On nous a même demandé d’en balancer dans le port. » « On ne nous disait pas que c’était de l’amiante. On le savait quand même, mais on n’avait pas conscience du danger. » Bernard, lui, estime qu’il a bien dû se débarrasser de centaines de tonnes d’amiante. « Dans les ports, il existe toujours des stocks invendus. Notamment d’amiante, dans ce cas précis », confirme Jean-Louis Guérin, délégué CGT pour les dockers. Ceci n’a pas empêché les difficultés à faire reconnaître le fait que le port de Saint-Malo a bien travaillé avec l’amiante. « Pourtant, s’exclame M. Guérin, ce ne sont pas les preuves qui manquent et jusqu’en 1993 ! » Or, ce port n’a été reconnu comme port manipulant de l’amiante entre 1964 et 1981 qu’en 2004 !
Mais cette reconnaissance ne vaut que pour le port, elle ne concerne pas nécessairement chaque société qui y a exercé. Pour des salariés comme Jean-Pierre, il ne lui est ainsi pas possible de bénéficier du dispositif prévu pour les travailleurs de l’amiante. Passés 60 ans, ils ne seront pris en compte que s’ils sont malades et après une action judiciaire ! En attendant, selon Me Ledoux, avocat spécialisé dans le droit du travail et de l’environnement, « la direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement (Drire) pourrait s’intéresser au sujet de même que le procureur de la République qui pourrait ouvrir une information judiciaire. Sous réserve d’inventaire et de vérification. Presque trente ans après, ces dépôts d’amiante pourraient être susceptibles de nuire. La prescription d’éventuels délits ne commencerait à courir qu’à partir de l’apparition d’éventuelles pathologies liées à une contamination ». À suivre...
Pierre LUTON
www.fnath.com
Source : http://www.naturavox.fr
Palettes d’1,5 tonne
Bernard Gaudin était employé chez Jokelson & Handtsaem. La compagnie fusionne avec les établissements Poussin en 1978. Elle devient la SMG en 83. À l’époque, affirment nos sources, « on importait de l’amiante pour Éternit à Saint-Grégoire. À partir de 1981, des stocks se sont accumulés dans les magasins 3 et 4 qui font environ 300 m2 chacun ». « L’amiante y était entreposée sur des palettes d’1,5 tonne. » « Elles servaient à cloisonner l’espace de manière à ranger des cargaisons de céréales destinées au bétail, explique Guy, un manutentionnaire. Des sacs ont été éventrés. La poudre s’est mélangée au reste. On nous a même demandé d’en balancer dans le port. » « On ne nous disait pas que c’était de l’amiante. On le savait quand même, mais on n’avait pas conscience du danger. » Bernard, lui, estime qu’il a bien dû se débarrasser de centaines de tonnes d’amiante. « Dans les ports, il existe toujours des stocks invendus. Notamment d’amiante, dans ce cas précis », confirme Jean-Louis Guérin, délégué CGT pour les dockers. Ceci n’a pas empêché les difficultés à faire reconnaître le fait que le port de Saint-Malo a bien travaillé avec l’amiante. « Pourtant, s’exclame M. Guérin, ce ne sont pas les preuves qui manquent et jusqu’en 1993 ! » Or, ce port n’a été reconnu comme port manipulant de l’amiante entre 1964 et 1981 qu’en 2004 !
Mais cette reconnaissance ne vaut que pour le port, elle ne concerne pas nécessairement chaque société qui y a exercé. Pour des salariés comme Jean-Pierre, il ne lui est ainsi pas possible de bénéficier du dispositif prévu pour les travailleurs de l’amiante. Passés 60 ans, ils ne seront pris en compte que s’ils sont malades et après une action judiciaire ! En attendant, selon Me Ledoux, avocat spécialisé dans le droit du travail et de l’environnement, « la direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement (Drire) pourrait s’intéresser au sujet de même que le procureur de la République qui pourrait ouvrir une information judiciaire. Sous réserve d’inventaire et de vérification. Presque trente ans après, ces dépôts d’amiante pourraient être susceptibles de nuire. La prescription d’éventuels délits ne commencerait à courir qu’à partir de l’apparition d’éventuelles pathologies liées à une contamination ». À suivre...
Pierre LUTON
www.fnath.com
Source : http://www.naturavox.fr
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire