mercredi 4 février 2009

Comment font les cellules tumorales pour métastaser

Philippe Chavrier et son équipe du CNRS donnent un éclairage sur les moyens mis en œuvre par les cellules tumorales pour métastaser.

Une cellule normale reste soudée avec ses voisines pendant toute sa vie, pour former les tissus de l’organisme. La cellule tumorale a un comportement très spécifique. Tout d’abord, elle forme des excroissances (des invadopodia) qu’elle ancre dans la membrane basale qui sépare les glandes mammaires du tissu voisin. Pour franchir cette membrane, la cellule tumorale met en œuvre des moyens moléculaires que l’équipe «Dynamique de la membrane et du cystosquelette» a décryptés. Ce qui pourrait, à terme, permettre d’identifier précocement les tumeurs au fort pouvoir invasif, voire de trouver un traitement permettant de bloquer la formation de métastases.

Les invadopodia servent à apporter le matériel nécessaire au forage de la membrane, sous la forme de protéases chargées de dégrader les protéines de la matrice extracellulaire de la membrane. Sur un modèle de cellules cancéreuses métastatiques mammaires, les chercheurs trouvent que les protéines sec3, sec8 et IQGAP1 assurent le transport des vésicules remplies de protéases vers les invadopodia. Ces protéines sont nécessaires pour que le processus d’évasion vers le tissu voisin réussisse. Ils publient ce résultat dans «The Journal of Cell Biology» (16 juin 2008).

Il faut ensuite que les protéases soient positionnées à l’extérieur de la cellule pour commencer leur travail de dégradation. P. Chavrier et coll. montrent que la protéine Vamp7 est chargée de la fusion des vésicules contenant les protéases avec la membrane des cellules tumorales. Après cette étape, les protéases au front des invadopodia grignotent progressivement la frontière de la glande mammaire (travail publié dans «Current Biology», 24 juin 2008). D’ailleurs, la suppression de Vamp7 réduit fortement la capacité des cellules de tumeur du sein à dégrader la matrice extracellulaire.

Au total, coincées dans la glande mammaire, les cellules tumorales ne peuvent s’échapper qu’au prix de nombreuses modifications. L’équipe de Philippe Chavrier montre comment elles détournent la machinerie cellulaire pour quitter leur tissu d’origine et ensuite disséminer à l’ensemble de l’organisme.
Quotimed.com, le 03/07/2008
Tentative d’évasion cellulaire
Ces deux images de microscopie électronique à balayage montrent des cellules (en rose) issues d’une lignée de tumeur mammaire sur une couche épaisse de Matrigel (en vert) qui mime la membrane basale séparant les tissus dans l’organisme.
Sur l’image du haut, cette cellule très invasive pénètre la couche de Matrigel suivant un processus proche du mécanisme d’invasion utilisé par les cellules tumorales pour « s’échapper ». En revanche, dans la cellule de l’image du bas, les protéases, chargées de dégrader les protéines de la membrane basale, ont été inhibées : la cellule n’est plus alors capable de dégrader les constituants de la membrane basale à la surface du Matrigel sans pouvoir l’envahir.
Photos CC
Source : http://actu.blog.quotimed.com

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