Le drame de l’amiante l’a montré : il est vital de savoir à quels produits dangereux un salarié a pu être exposé au cours de sa vie professionnelle. Un nouveau dossier médical du travailleur va être expérimenté. Des salariés et des mutualistes avaient déjà élaboré des outils pour garder cette indispensable mémoire.
Le drame de l’amiante, qui a éclaté il y a tout juste trente ans, a mis en évidence, pour permettre un suivi sanitaire, la nécessité d’un recensement de tous les postes occupés par un salarié au cours de sa carrière. En particulier pour ceux – en Cdd ou intérimaires – qui travaillent pour de multiples employeurs, dans la sous-traitance par exemple. Maurice, cinquante-cinq ans, raconte : « En trente-quatre ans de boulot, j’ai eu plus d’une dizaine d’employeurs, sans parler des contrats en intérim, dans la chimie et la métallurgie. Dans cette dernière branche, toutes les boîtes où j’ai travaillé ont fermé depuis. » Pour ces travailleurs, les dossiers ne suivent pas toujours d’un service de médecine du travail à un autre. Surtout lorsqu’ils changent de département ou de région. Et eux-mêmes ont du mal à reconstituer leur carrière. Dans ces conditions, lorsque survient une maladie professionnelle, il est difficile de savoir quel poste a été réellement à son origine. Monter un solide dossier de demande de reconnaissance devient alors extrêmement compliqué. Au cours de ces vingt-cinq dernières années ont été imaginés différents supports pour assurer la traçabilité des risques professionnels.
Du carnet Amiante au Mémo pro-santé
Des syndicalistes, des mutualistes, des salariés atteints de maladies liées à l’amiante ont été à l’origine de ces outils, du carnet Amiante, imaginé par les salariés du secteur naval avec les Mutuelles de Provence, au classeur Mémo pro-santé, élaboré par la Mutuelle familiale en collaboration avec des professionnels de la santé et repris aujourd’hui par le centre de ressources en prévention de la Fédération des mutuelles de France (Fmf). Le Mémo pro-santé, intégré dans les expérimentations que la Mutualité française souhaite mettre en œuvre avec Priorité santé mutualiste, « a été conçu pour appartenir au salarié », explique Aldino Izzi, de la Mutuelle familiale. Et c’est bien cet aspect « outil du salarié » qui en fait toute la richesse et la pertinence. Pour élaborer à la fois traçabilité et prévention des risques. Thierry Braillon (Fmf) l’a rappelé, en décembre dernier, à Strasbourg, lors du colloque européen sur l’amiante, alors qu’il retraçait l’engagement des Mutuelles de France aux côtés des salariés.
Le rôle clé de la médecine du travail
Mais si, aujourd’hui, se fait jour une volonté plus large de faire bouger les choses, c’est aussi parce que l’ensemble de la société est de plus en plus sensibilisée au problème et prend conscience que la proportion de cancers probablement dus à des expositions professionnelles est largement sous-estimée. Chercheurs, toxicologues, patients, médecins, et même la Cour des comptes, relèvent un hiatus entre les chiffres et la réalité. Dans son dernier rapport public thématique sur le cancer (juin 2008), la Cour souligne les « carences de l’Etat » et « l’absence d’un système de surveillance des cancers professionnels ». Parallèlement à la poursuite de la réforme de la médecine du travail, actuellement en négociation, qui devrait se pencher sur la création d’un nouveau type de dossier médical – probablement informatisé – et d’un nouveau système d’archivage des dossiers, des fiches sur la dangerosité des produits et des process de travail – établies d’après des études françaises et européennes sur les substances présumées toxiques – devront être beaucoup plus méticuleusement tenues. Cependant, pour les syndicalistes, la vigilance est de mise. Que va devenir la fiche d’exposition* ? Même si, dans de nombreux cas, les employeurs rechignent à la délivrer, elle est un précieux outil pour le salarié. A la Cgt, Jean-François Naton explique les réserves de son syndicat : elles tiennent à la capacité de la réforme de la médecine du travail à tenir les engagements de confidentialité nécessaires. « Pour l’heure, le ton adopté par le Medef ne me paraît pas propice à des évolutions positives pour l’avenir des services de médecine du travail », confie le représentant de la Cgt. Indépendance des services de santé au travail et accès privilégié du salarié à son dossier médical informatisé paraissent en effet des préalables indispensables à toute élaboration du dossier de traçabilité des risques. * Document délivré par l’employeur quand il est avéré qu’un salarié a été exposé à un produit dangereux, en particulier s’il est qualifié Cmr (cancérigène, mutagène et reprotoxique). A lire aussi : Risques professionnels : « Un suivi post-exposition toute la vie »
[02.03.09] Anne-Marie Boulet
A savoir
Les outils Le carnet Amiante, élaboré à la fin des années 1980 par les Mutuelles de Provence avec l’association Centaure, et le Mémo pro-santé de la Mutuelle familiale, sorti en 2006 : depuis longtemps, les mutuelles insistent sur l’importance de garder trace des expositions professionnelles.
Les travaux du Giscop Pour en savoir plus Les travaux d’Annie Thébaud-Mony et du Groupement d’intérêt scientifique de surveillance des cancers d’origine professionnelle (Giscop), en Seine-Saint-Denis, illustrent parfaitement les insuffisances actuelles de la traçabilité des risques. Lire notre article « Cancers professionnels : un mal invisible et sous-estimé » sur le site de Viva : www.viva.presse.fr
14 % des salariés exposés Environ 14 salariés sur 100 ont été exposés à des produits cancérigènes au cours de leur vie professionnelle. (Enquête Sumer, 2003.)
Le drame de l’amiante, qui a éclaté il y a tout juste trente ans, a mis en évidence, pour permettre un suivi sanitaire, la nécessité d’un recensement de tous les postes occupés par un salarié au cours de sa carrière. En particulier pour ceux – en Cdd ou intérimaires – qui travaillent pour de multiples employeurs, dans la sous-traitance par exemple. Maurice, cinquante-cinq ans, raconte : « En trente-quatre ans de boulot, j’ai eu plus d’une dizaine d’employeurs, sans parler des contrats en intérim, dans la chimie et la métallurgie. Dans cette dernière branche, toutes les boîtes où j’ai travaillé ont fermé depuis. » Pour ces travailleurs, les dossiers ne suivent pas toujours d’un service de médecine du travail à un autre. Surtout lorsqu’ils changent de département ou de région. Et eux-mêmes ont du mal à reconstituer leur carrière. Dans ces conditions, lorsque survient une maladie professionnelle, il est difficile de savoir quel poste a été réellement à son origine. Monter un solide dossier de demande de reconnaissance devient alors extrêmement compliqué. Au cours de ces vingt-cinq dernières années ont été imaginés différents supports pour assurer la traçabilité des risques professionnels.
Du carnet Amiante au Mémo pro-santé
Des syndicalistes, des mutualistes, des salariés atteints de maladies liées à l’amiante ont été à l’origine de ces outils, du carnet Amiante, imaginé par les salariés du secteur naval avec les Mutuelles de Provence, au classeur Mémo pro-santé, élaboré par la Mutuelle familiale en collaboration avec des professionnels de la santé et repris aujourd’hui par le centre de ressources en prévention de la Fédération des mutuelles de France (Fmf). Le Mémo pro-santé, intégré dans les expérimentations que la Mutualité française souhaite mettre en œuvre avec Priorité santé mutualiste, « a été conçu pour appartenir au salarié », explique Aldino Izzi, de la Mutuelle familiale. Et c’est bien cet aspect « outil du salarié » qui en fait toute la richesse et la pertinence. Pour élaborer à la fois traçabilité et prévention des risques. Thierry Braillon (Fmf) l’a rappelé, en décembre dernier, à Strasbourg, lors du colloque européen sur l’amiante, alors qu’il retraçait l’engagement des Mutuelles de France aux côtés des salariés.
Le rôle clé de la médecine du travail
Mais si, aujourd’hui, se fait jour une volonté plus large de faire bouger les choses, c’est aussi parce que l’ensemble de la société est de plus en plus sensibilisée au problème et prend conscience que la proportion de cancers probablement dus à des expositions professionnelles est largement sous-estimée. Chercheurs, toxicologues, patients, médecins, et même la Cour des comptes, relèvent un hiatus entre les chiffres et la réalité. Dans son dernier rapport public thématique sur le cancer (juin 2008), la Cour souligne les « carences de l’Etat » et « l’absence d’un système de surveillance des cancers professionnels ». Parallèlement à la poursuite de la réforme de la médecine du travail, actuellement en négociation, qui devrait se pencher sur la création d’un nouveau type de dossier médical – probablement informatisé – et d’un nouveau système d’archivage des dossiers, des fiches sur la dangerosité des produits et des process de travail – établies d’après des études françaises et européennes sur les substances présumées toxiques – devront être beaucoup plus méticuleusement tenues. Cependant, pour les syndicalistes, la vigilance est de mise. Que va devenir la fiche d’exposition* ? Même si, dans de nombreux cas, les employeurs rechignent à la délivrer, elle est un précieux outil pour le salarié. A la Cgt, Jean-François Naton explique les réserves de son syndicat : elles tiennent à la capacité de la réforme de la médecine du travail à tenir les engagements de confidentialité nécessaires. « Pour l’heure, le ton adopté par le Medef ne me paraît pas propice à des évolutions positives pour l’avenir des services de médecine du travail », confie le représentant de la Cgt. Indépendance des services de santé au travail et accès privilégié du salarié à son dossier médical informatisé paraissent en effet des préalables indispensables à toute élaboration du dossier de traçabilité des risques. * Document délivré par l’employeur quand il est avéré qu’un salarié a été exposé à un produit dangereux, en particulier s’il est qualifié Cmr (cancérigène, mutagène et reprotoxique). A lire aussi : Risques professionnels : « Un suivi post-exposition toute la vie »
[02.03.09] Anne-Marie Boulet
A savoir
Les outils Le carnet Amiante, élaboré à la fin des années 1980 par les Mutuelles de Provence avec l’association Centaure, et le Mémo pro-santé de la Mutuelle familiale, sorti en 2006 : depuis longtemps, les mutuelles insistent sur l’importance de garder trace des expositions professionnelles.
Les travaux du Giscop Pour en savoir plus Les travaux d’Annie Thébaud-Mony et du Groupement d’intérêt scientifique de surveillance des cancers d’origine professionnelle (Giscop), en Seine-Saint-Denis, illustrent parfaitement les insuffisances actuelles de la traçabilité des risques. Lire notre article « Cancers professionnels : un mal invisible et sous-estimé » sur le site de Viva : www.viva.presse.fr
14 % des salariés exposés Environ 14 salariés sur 100 ont été exposés à des produits cancérigènes au cours de leur vie professionnelle. (Enquête Sumer, 2003.)
Source : http://www.viva.presse.fr/
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