
C'est un procès historique qui rouvre aujourd'hui à Turin en Italie où le groupe Eternit fait face à des milliers de victimes. Les associations françaises se sont déplacées en nombre pour réclamer justice
Madame Luisa Minazzi sera une des premières, ce matin. Elle a 55 ans et le diagnostic, comme une condamnation, est tombé sur sa tête en 2006. Depuis elle a essayé de vivre comme toujours : dirigeante scolaire, chaque matin, elle est présente dans son établissement de Casale Monferrato (Piémont). Le cancer l'a affaiblie, mais pas encore vaincue. Et pourtant ses proches ont été décimés : « Le premier fut mon beau-père », raconte Madame Minazzi. Et après son père, son mari, son cousin… Le procès est, peut être, son dernier combat. L'amiante ne pardonne pas. Une histoire emblématique dans la ville où l'Eternit avait une de ses plus grandes usines et où ouvriers et citoyens sont tombés par milliers frappés par le cancer de la plèvre (mésothéliome).
Ce matin, au tribunal de Turin, Madame Minazzi sera une des premières parce que lundi on s'est arrêté à la lettre « L » : cinq cents personnes qui ont demandé indemnisation en se constituant partie civile. Aujourd'hui ce sera le tour des lettres « M » à « Z ». Au moins encore cinq cents personnes. Les prévisions chiffrent sur six mille victimes qui auraient le droit à se pourvoir en justice. On verra. La justice est en route, ici à Turin et c'est inédit. Sur la sellette deux grands patrons Stéphane Schmidheiny, 61 ans, suisse et Jean-Louis De Cartier, 88 ans, Belge accusés de désastre fautif. Face à eux les victimes de leur négligence : les travailleurs et les habitants, d'abord de Casale Monferrato, mais aussi des trois autres endroits où l'Eternit avait ses établissements : dans les provinces de Turin, Reggio Emilia et Napoli.
Mais l'importance du procès de Turin n'est pas seulement italienne. En témoignent les 250 Français qui se sont rendus en Italie au côté de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante). Ils affichaient des banderoles (« ban asbestos France », « Allo amiante Bordeaux », «Garde Rodhanienne » ) et plaidaient pour la constitution d'un tribunal international du travail. L'Andeva regrette qu'il n'y ait pas eu une pareille détermination en France: « Les magistrats français ne disposent pas des moyens nécessaires pour mener une instruction de qualité… Nous avons la nette impression que les autorités ne veulent pas d'un procès pénal de l'amiante ». En France l'amiante est jugée responsable de 10 à 20 % des cancers du poumon et devrait causer près de cent mille morts d'ici 2025. Le mésothéliome est une maladie sournoise, pas facile à détecter. Une petite fibre d'amiante inspirée aujourd'hui pourrait développer un cancer dans 30 ans. Raffaele Gauriniello est le magistrat du parquet de Turin qui a mené le combat judiciaire pendant vingt ans pour instruire ce procès. Lundi M. Guariniello a déclaré qu'à Turin se tiendra un « procès juste : pour les victimes et pour les accusés ». Juste, mais difficile : M. Schmidheiny et M. De Cartier n'étaient pas présents lundi, mais il y avait leurs avocats : vingt-trois ! La bataille de Turin est à peine commencée.
De notre correspondant à Turin Cesare Martinetti
Ce matin, au tribunal de Turin, Madame Minazzi sera une des premières parce que lundi on s'est arrêté à la lettre « L » : cinq cents personnes qui ont demandé indemnisation en se constituant partie civile. Aujourd'hui ce sera le tour des lettres « M » à « Z ». Au moins encore cinq cents personnes. Les prévisions chiffrent sur six mille victimes qui auraient le droit à se pourvoir en justice. On verra. La justice est en route, ici à Turin et c'est inédit. Sur la sellette deux grands patrons Stéphane Schmidheiny, 61 ans, suisse et Jean-Louis De Cartier, 88 ans, Belge accusés de désastre fautif. Face à eux les victimes de leur négligence : les travailleurs et les habitants, d'abord de Casale Monferrato, mais aussi des trois autres endroits où l'Eternit avait ses établissements : dans les provinces de Turin, Reggio Emilia et Napoli.
Mais l'importance du procès de Turin n'est pas seulement italienne. En témoignent les 250 Français qui se sont rendus en Italie au côté de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante). Ils affichaient des banderoles (« ban asbestos France », « Allo amiante Bordeaux », «Garde Rodhanienne » ) et plaidaient pour la constitution d'un tribunal international du travail. L'Andeva regrette qu'il n'y ait pas eu une pareille détermination en France: « Les magistrats français ne disposent pas des moyens nécessaires pour mener une instruction de qualité… Nous avons la nette impression que les autorités ne veulent pas d'un procès pénal de l'amiante ». En France l'amiante est jugée responsable de 10 à 20 % des cancers du poumon et devrait causer près de cent mille morts d'ici 2025. Le mésothéliome est une maladie sournoise, pas facile à détecter. Une petite fibre d'amiante inspirée aujourd'hui pourrait développer un cancer dans 30 ans. Raffaele Gauriniello est le magistrat du parquet de Turin qui a mené le combat judiciaire pendant vingt ans pour instruire ce procès. Lundi M. Guariniello a déclaré qu'à Turin se tiendra un « procès juste : pour les victimes et pour les accusés ». Juste, mais difficile : M. Schmidheiny et M. De Cartier n'étaient pas présents lundi, mais il y avait leurs avocats : vingt-trois ! La bataille de Turin est à peine commencée.
De notre correspondant à Turin Cesare Martinetti
« Il faut responsabiliser les grands patrons »
Armando a travaillé 17 ans à Renault Trucks avant d'être diagnostiqué : cancer du poumon. Opéré, il lui manque un demi-poumon. À 41 ans, il doit attendre 9 ans pour prendre sa retraite anticipée. En attente de reclassement, Renault lui aurait proposé un poste au sein de l'atelier… Qui contient encore des traces d'amiante. Il « en veut à l'entreprise ». Pour lui, « les chefs d'établissement étaient au courant et non les grands patrons, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas aussi fautifs ». Mais, l'affaire d'Eternit lui semble lointaine. Il regrette plutôt que « certains collègues ne fassent pas les démarches nécessaires ». Michel, de l'association Aldeva, tient le même constat et ajoute « qu'il y a trop peu de salariés qui se font suivre médicalement, surtout que le temps de latence peut être de 40 ans ». Mais le procès de Turin est pour lui l'exemple à suivre, car « il faut responsabiliser les grands patrons ». Lui est un ancien d'une société qui produisait des tuyaux à base de ciment et d'amiante. Reconnue responsable en 2002, 100 de ses 400 salariés sont aujourd'hui malades ou décédés. Il se sait atteint d'asbestoses. Une maladie « qui ne provoque que des gènes respiratoires », à l'entendre, « pratiquement bénigne ». Et pour cause, son frère, ancien de Rhône-Poulenc, est décédé de mésothéliome. La maladie ne lui aura laissé que 8 mois pour lutter.
Armando a travaillé 17 ans à Renault Trucks avant d'être diagnostiqué : cancer du poumon. Opéré, il lui manque un demi-poumon. À 41 ans, il doit attendre 9 ans pour prendre sa retraite anticipée. En attente de reclassement, Renault lui aurait proposé un poste au sein de l'atelier… Qui contient encore des traces d'amiante. Il « en veut à l'entreprise ». Pour lui, « les chefs d'établissement étaient au courant et non les grands patrons, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas aussi fautifs ». Mais, l'affaire d'Eternit lui semble lointaine. Il regrette plutôt que « certains collègues ne fassent pas les démarches nécessaires ». Michel, de l'association Aldeva, tient le même constat et ajoute « qu'il y a trop peu de salariés qui se font suivre médicalement, surtout que le temps de latence peut être de 40 ans ». Mais le procès de Turin est pour lui l'exemple à suivre, car « il faut responsabiliser les grands patrons ». Lui est un ancien d'une société qui produisait des tuyaux à base de ciment et d'amiante. Reconnue responsable en 2002, 100 de ses 400 salariés sont aujourd'hui malades ou décédés. Il se sait atteint d'asbestoses. Une maladie « qui ne provoque que des gènes respiratoires », à l'entendre, « pratiquement bénigne ». Et pour cause, son frère, ancien de Rhône-Poulenc, est décédé de mésothéliome. La maladie ne lui aura laissé que 8 mois pour lutter.
Source : http://www.leprogres.fr/
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