
Nous poursuivons notre série sur ces Nordistes qui ont été plongés au coeur d'une brûlante actualité. Aujourd'hui, le docteur Jean-Pierre Grignet, pneumologue à Denain, combattant inlassable de l'amiante et des industriels qui ont délibérément ignoré les conséquences de son exploitation. Dès les années quatre-vingt, il a tiré la sonnette d'alarme sur ce scandale sanitaire. Aujourd'hui, toujours installé à Denain, il n'a pas baissé les bras : « Le combat continue. »
PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr PHOTO BRUNO FAVA
« Je suis arrivé à Denain en 1974 en promettant à ma femme de ne jamais y rester. » Trente-cinq ans plus tard, le docteur Jean-Pierre Grignet, originaire des Ardennes, n'a pas... bougé d'un pouce. Mieux, il se déclare « fin heureux » d'avoir fait toute sa carrière à Denain. Et sa femme, me direz-vous ? Toujours à son côté. « Elle s'est aperçue que j'étais épanoui. » Avec Jean-Pierre Grignet, les choses paraissent simples. Comme son combat contre l'amiante et des industriels un peu trop sourds aux risques qu'ils faisaient courir à leurs employés. « De ce combat, je m'en souviens encore comme d'une belle aventure, dit-il, un peu surpris par l'importance de cet engagement. Mais il y a un moment où tout s'emballe, on ne sait pas pourquoi. Malgré tout, je n'ai jamais douté : je trouvais fou que des gens ne veuillent pas regarder la réalité en face. » Il retient la leçon : « La manipulation et la désinformation étaient des défauts humains contre lesquels il fallait lutter. » Il n'oubliera jamais.
« Trois cas, c'est fréquent »
Des années plus tard, les lumières médiatiques sont retombées. Mais tout ça, il s'en « fout comme de l'an 40 ». L'important est que « le combat continue, malgré tout, dans l'ombre », notamment en tant qu'expert au sein de la commission prévention et dépistage des maladies liées à l'amiante. Car le mal, l'amiante - malgré une interdiction totale en 1997 -, et surtout ses conséquences sont toujours là. « Rien que cette semaine, on vient de découvrir trois cas de mésothéliome (1). C'est fréquent. Alors... » Pas besoin de chercher ailleurs sa motivation, à soixante-trois ans. « Il y a toujours beaucoup à faire, dit-il, se battre entre autres contre le tabagisme, contre les problèmes d'environnement ou de pollution pour ne pas aggraver les asthmes, contre les maladies infectieuses... » Et être au service des malades, surtout dans les situations les plus précaires, comme cela arrive souvent à Denain. « Vous savez, la reconnaissance est dans le dialogue individuel avec le patient... Ma Légion d'honneur, elle est là et pas ailleurs », confie-t-il. Avec toujours l'envie d'aider les plus défavorisés, « de les sortir de leur situation médiocre, du sort fait par la vie... Des gens attachants qui vous font spontanément confiance ».
Et demain ? Il partira « dans quelques années », le sentiment du devoir accompli, sans regrets. Sans tout abandonner quand même, comme son rôle d'expert ou de formateur. Heureux de laisser un service pneumologique de six spécialistes actuellement, loin du « désert » dont il se souvient à son arrivée. Et le combat continuera pour d'autres. Il n'en doute pas. « C'est affolant le nombre de gens qui font bien les choses dans le monde médical et ne s'en vantent pas. » Lui non plus. Il est comme ça, Jean-Pierre Grignet. •
1. - Mésothéliome : le cancer de la plèvre, causé par l'exposition aux fibres de l'amiante.
PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr PHOTO BRUNO FAVA
« Je suis arrivé à Denain en 1974 en promettant à ma femme de ne jamais y rester. » Trente-cinq ans plus tard, le docteur Jean-Pierre Grignet, originaire des Ardennes, n'a pas... bougé d'un pouce. Mieux, il se déclare « fin heureux » d'avoir fait toute sa carrière à Denain. Et sa femme, me direz-vous ? Toujours à son côté. « Elle s'est aperçue que j'étais épanoui. » Avec Jean-Pierre Grignet, les choses paraissent simples. Comme son combat contre l'amiante et des industriels un peu trop sourds aux risques qu'ils faisaient courir à leurs employés. « De ce combat, je m'en souviens encore comme d'une belle aventure, dit-il, un peu surpris par l'importance de cet engagement. Mais il y a un moment où tout s'emballe, on ne sait pas pourquoi. Malgré tout, je n'ai jamais douté : je trouvais fou que des gens ne veuillent pas regarder la réalité en face. » Il retient la leçon : « La manipulation et la désinformation étaient des défauts humains contre lesquels il fallait lutter. » Il n'oubliera jamais.
« Trois cas, c'est fréquent »
Des années plus tard, les lumières médiatiques sont retombées. Mais tout ça, il s'en « fout comme de l'an 40 ». L'important est que « le combat continue, malgré tout, dans l'ombre », notamment en tant qu'expert au sein de la commission prévention et dépistage des maladies liées à l'amiante. Car le mal, l'amiante - malgré une interdiction totale en 1997 -, et surtout ses conséquences sont toujours là. « Rien que cette semaine, on vient de découvrir trois cas de mésothéliome (1). C'est fréquent. Alors... » Pas besoin de chercher ailleurs sa motivation, à soixante-trois ans. « Il y a toujours beaucoup à faire, dit-il, se battre entre autres contre le tabagisme, contre les problèmes d'environnement ou de pollution pour ne pas aggraver les asthmes, contre les maladies infectieuses... » Et être au service des malades, surtout dans les situations les plus précaires, comme cela arrive souvent à Denain. « Vous savez, la reconnaissance est dans le dialogue individuel avec le patient... Ma Légion d'honneur, elle est là et pas ailleurs », confie-t-il. Avec toujours l'envie d'aider les plus défavorisés, « de les sortir de leur situation médiocre, du sort fait par la vie... Des gens attachants qui vous font spontanément confiance ».
Et demain ? Il partira « dans quelques années », le sentiment du devoir accompli, sans regrets. Sans tout abandonner quand même, comme son rôle d'expert ou de formateur. Heureux de laisser un service pneumologique de six spécialistes actuellement, loin du « désert » dont il se souvient à son arrivée. Et le combat continuera pour d'autres. Il n'en doute pas. « C'est affolant le nombre de gens qui font bien les choses dans le monde médical et ne s'en vantent pas. » Lui non plus. Il est comme ça, Jean-Pierre Grignet. •
1. - Mésothéliome : le cancer de la plèvre, causé par l'exposition aux fibres de l'amiante.
Source : http://www.valenciennes.maville.com/
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