lundi 2 janvier 2017

Amiante: la recherche d’un avocat divise l’association nationale ANDEVA

«  Incompréhension.  » Le mot revient souvent dans l’entretien que nous a accordé Jacques Faugeron (1). Le nouveau président de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante parle de son sentiment à l’égard de l’attitude de son prédécesseur. Après cinq ans à la tête de l’ANDEVA (18 000 adhérents aujourd’hui), le Dunkerquois Pierre Pluta a décidé de ne pas se représenter en juin. Il a aussi souhaité que l’Association régionale de défense des victimes de l’amiante (2 500 adhérents) qu’il préside «  retrouve sa liberté d’action  ».
« L’ARDEVA s’affaiblit elle-même dans son combat et en plus affaiblit l’ANDEVA »
«  Toutes les associations de l’ANDEVA sont surprises du départ de l’ARDEVA. Les bénévoles et les adhérents sont très désagréablement surpris », insiste Jacques Faugeron.

« Immobilisme ? » Non !

Il conteste tout «  immobilisme  » dont auraient fait preuve les dirigeants de l’ANDEVA au motif qu’ils ne voudraient pas voir traduits en correctionnelle les membres du Comité permanent amiante (lire ci-dessous). «  On est choqués par ces paroles lance M. Faugeron. On a toujours demandé un procès de l’amiante en France pour que tous les responsables soient jugés, y compris les membres du CPA.  »
Faut-il trouver l’origine de cette scission au sommet dans la recherche d’un avocat spécialiste du droit pénal susceptible d’obtenir un succès devant la justice ?

«  Le bureau de l’ANDEVA et par conséquent M. Pluta ont eu un mandat par le conseil d’administration en novembre 2013 pour trouver un pénaliste. Pendant les trois dernières années, je ne suis pas certain qu’il y a eu une véritable volonté de recherche, estime M. Faugeron. En 2015, un nouveau vote a confirmé cette demande de recherche. Depuis, on en est là.  »

« C’est du perdant-perdant »

L’affaire se corse en janvier 2016 avec le net refus du conseil d’administration de l’ARDEVA de voir le cabinet Teissonnière-Topaloff-Lafforgue-Andreu intervenir dans trois dossiers pénaux (les anciens chantiers navals Normed et le sidérurgiste Sollac qui concernent Dunkerque et le campus de Jussieu, à Paris).
Commentaire de M. Faugeron : «  Le conseil d’administration de l’ANDEVA (en mars) a accepté que chaque association ayant un dossier au pénal puisse choisir le cabinet de son choix (…). On a fait des pas qui n’étaient pas obligatoirement acceptés par tout le monde, et malgré cela, Pierre Pluta s’en va. C’est quand même dramatique d’en arriver là alors que nous sommes sur la même longueur d’onde (dans la volonté de voir un procès). L’ARDEVA s’affaiblit elle-même dans son combat et en plus affaiblit l’ANDEVA. Aujourd’hui, c’est du perdant-perdant.  »

Dans l’attente d’un nom

Pierre Pluta compte désormais sur les propres forces de son association régionale pour obtenir enfin un procès pénal de l’amiante en France. Objectif : démonter toute la chaîne des responsabilités qui ont provoqué «  la plus grande catastrophe sanitaire  » de notre pays (environ 3 000 morts par an). Lors d’une cérémonie à la stèle en mémoire des victimes de l’amiante, le 11 décembre, il a assuré : «  Nous avons choisi un avocat pénaliste parmi les plus compétents pour avoir les meilleures chances de réussir.  » Ce mercredi, il n’avait pas encore révélé son nom.
Sollicité par nos soins, Pierre Pluta n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.
(1) Jacques Faugeron, 61 ans, a été élu président de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante lors du conseil d’administration le 17 septembre. Il a effectué la quasi-totalité de sa carrière aux chantiers de l’Atlantique (construction navale), à Saint-Nazaire. Il y a travaillé comme technicien de maintenance, puis comme analyste programmeur en informatique. En 2005, on lui a découvert des épaississements de la plèvre (l’enveloppe qui entoure les poumons), conséquence de l’exposition à l’amiante.
L’amiante interdit depuis vingt ans en France
Dimanche, cela fera vingt ans que l’amiante est interdit (1) en France. Le décret du 24 décembre 1996 du gouvernement Juppé est entré en vigueur le 1er janvier 1997. «  La transformation, la vente, l’importation, la mise sur le marché national et la cession à quelque titre que ce soit de toutes variétés de fibres d’amiante  » sont interdites pour «  protéger les travailleurs et les consommateurs  ».
Satisfaction chez les associations de défense des victimes, mais satisfaction amère… La France n’est que le huitième pays européen à interdire ce matériau cancérogène utilisé dans la construction navale, l’industrie, le bâtiment… alors que l’on connaît ses effets néfastes sur la santé depuis près d’un siècle. Elles voient dans cette inertie des autorités publiques les conséquences du lobbying du Comité permanent amiante. De 1982 à 1995, cette structure informelle (hauts fonctionnaires, syndicalistes, industriels, médecins…) a dirigé la politique sanitaire de la France en matière d’amiante, selon ses détracteurs.
(1) L’amiante est un nom masculin.
Source : http://www.lavoixdunord.fr/

Aucun commentaire: