lundi 6 mars 2017

Les fantômes de l'amiante à la cour d'appel

52 anciens ouvriers de l'usine Alstom réclament 15 000 € d'indemnités après avoir manipulé et inhalé de l'amiante à l'usine.

Les anciens de l'usine Alstom de Saint-Ouen en ont pris l'habitude. Chaque étape judiciaire, pour faire reconnaître les méfaits de l'amiante dans leurs rangs, est un rendez-vous où les vivants côtoient les morts. C'était encore le cas hier, à la Cour d'appel de Paris.

Les plaignants, 52 au total, n'ont pas contracté de maladies liées à la fibre toxique. Mais ils veulent faire valoir, à sa juste mesure, le « préjudice d'anxiété » qu'ils subissent, après avoir manipulé et inhalé de l'amiante à l'usine ( lire ci-dessous). Aux portes du palais de justice, deux visages ont émergé, sur des photocopies couleurs protégées par des pochettes plastifiées. Celui de Paulin Gestel, qu'on appelait « le boxeur » ou « Johnny » à l'atelier. « Une force de la nature », mort en 1996 d'un cancer bronchopulmonaire... Et Jean-Michel Oyorchabal, « un bon vivant, toujours prêt à faire la fête », emporté par le même mal il y a quelques jours à peine, le 11 janvier.

Deux jeunes retraités fauchés à vingt ans d'intervalle. Les maladies liées à l'amiante peuvent mettre trente ans à se déclarer. « Jean-Michel, tout le monde le connaissait, s'émeut un ancien salarié. Moi, je l'ai côtoyé pendant vingt-trois ans. A chaque fois, c'est pareil. On se dit que la prochaine fois, ce sera peut-être notre tour... » L'association des anciens d'Alstom TSO comptabilise aujourd'hui sept décès liés à l'amiante, et une trentaine de malades (dont vingt cas établis de « maladies professionnelles »).
Dans cette usine fermée en 2006, qui fabriquait des appareillages électriques pour les centrales ou les trains, l'amiante était un outil comme les autres : « On allait au magasin, on prenait les rubans d'amiante sur les rayons comme vous prenez un rouleau de scotch », raconte un ancien employé de maintenance. Manuel, ouvrier dans le même atelier que Paulin Gestel, se souvient des toiles d'amiante « qu'on secouait du haut des échafaudages » : « Ceux qui se trouvaient en dessous respiraient toute la poussière. »
Et puis en 1996, une lettre est arrivée à l'usine. C'était la femme de Paulin Gestel, parti en retraite peu de temps auparavant : « Elle alertait les délégués syndicaux. Son mari était mort en trois mois, d'un cancer foudroyant, en crachant ses poumons », se souvient Luc Fleurbaey, retraité. Depuis, comme ses anciens collègues, il bénéficie d'un suivi post-professionnel : un scanner tous les cinq à dix ans. « Quand on y va, on ne fait pas le fier », glisse l'un des plaignants. « De toute façon, il n'y a pas de remède pour ces maladies. Il vaut mieux ne rien savoir », estime Manuel. Lui n'a pas repassé l'examen depuis 2010. Mais l'angoisse est toujours là. Les plaignants réclament 15 000 EUR d'indemnités. La Cour d'appel rendra son jugement le 26 avril.
Source : http://www.leparisien.fr

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