samedi 20 octobre 2007

Jean-Paul Teissonnière, avocat de l’Association nationale des victimes de l’amiante (ANDEVA)

100 000 morts : tel est l’ordre de grandeur annoncé de la catastrophe de l’amiante en France pour la période 1995-2025.
Il correspond au nombre de victimes qu’a entraîné le largage d’une bombe atomique sur Hiroshima.
Dans les procès qui suivirent, le principal moyen de défense des employeurs fut l’ignorance de la toxicité de l’amiante.
Il fallut pour répondre à cet argument se livrer à un véritable travail d’archéologie juridico-médicale.
Les résultats furent étonnants :
On découvrit alors que Denis Auribault, inspecteur du travail, avait écrit un rapport qui parut dans le Bulletin de l’inspection du travail de 1906. À propos d’une filature d’amiante,
il décrivait les conditions dans lesquelles « une cinquantaine d’ouvrières et d’ouvriers étaient morts entre 1890 et 1895, parce que l’entreprise n’avait pas respecté les règles de sécurité ».
Il est vrai qu’en ces premières années du XXe siècle, dans un pays préoccupé par la préparation de « la revanche », l’état physique de la population en âge de porter les armes préoccupait les pouvoirs publics. La Première Guerre mondiale achevée, cette attention disparaîtra…
Mal obscur d’un siècle inattentif, le danger de l’amiante disparaîtra pour longtemps de l’actualité pour renaître à Clermont-Ferrand au début des années 1970, avec la lutte des ouvrières d’Amisol confrontées à une situation de contamination massive par l’amiante. Cette fois, c’est le temps arrêté de la grève qui agira comme un révélateur.
Ce que la quotidienneté et la difficulté du travail ont empêché de distinguer sera rendu visible avec l’arrêt des machines de l’usine occupée. C’est alors que les ouvrières constateront
la succession des maladies qui frappent plusieurs d’entre elles et dont certaines meurent (pendant les 31 mois d’occupation de l’usine, 12 décès seront recensés).
Plus étonnant encore : l’un des médecins s’étant penché sur les pathologies de l’amiante en 1930, faisait référence à un ouvrage de Pline l’Ancien qui les aurait décrites…
Vérification faite, l’information est exacte : Pline l’Ancien, en 50 avant Jésus-Christ, avait procédé à une première classification des maladies. Il situait alors les maladies de l’amiante dans une catégorie qu’il appelait « les maladies de l’esclave ». C’est, dans l’histoire de la littérature, la première évocation des maladies professionnelles…
À la catastrophe sans fin de l’amiante succèdent d’autres tragédies dues aux cancérogènes mutagènes et reprotoxiques.

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