mercredi 4 février 2009

Quand les entreprises continuent d’exposer mortellement leur personnel

Le nombre de victimes de l’amiante ne cesse d’augmenter d’année en année. Un drame sanitaire équivalant à cent fois celui du sang contaminé. Et pourtant, en dépit de la réglementation, un rapport accablant démontre que les employés de la centrale EDF du Havre sont exposés aux poussières d’amiante en dépit des risques avérés.
Si l’amiante est interdit en France depuis le 1er janvier 1997, des salariés sont encore trop nombreux à être exposés à des poussières d’amiante, encore présentes dans les entreprises. Ce fut le cas notamment au CHU de Caen, jusqu’en 2006, à Jussieu, toujours en cours de désamiantage, et à la centrale thermique EDF du Havre… La tranche 3 du site est, selon un rapport confidentiel rendu public par la CGT, ouverte aux vents en dépit de la présence d’amiante (lire ci-dessous). Quarante victimes et sept décès liés à des contaminations ont déjà été dénombrés.Les effets « Hiroshima français » seront durablement dévastateurs dans les rangs de la population exposée.
L’inhalation de poussière d’amiante provoque des plaques pleurales, des cancers du poumon, de la plèvre, dont les chances de survie sont infimes. Ces maladies apparaissent entre dix et quarante ans après l’exposition. Si le droit a ignoré ces contaminations, l’arrêt de la cour d’appel de Douai a fait date et contraint cet état de fait à évoluer. En mars de cette année, la société Alstom Power Boilers et un ex-directeur d’usine étaient jugés pour mise en danger de la vie d’autrui, à la suite de l’exposition de salariés à l’amiante alors même que la loi l’interdisait. Parmi les entreprises montrées du doigt on compte également Valeo, Michelin, Renault, Aéroport de Paris, Eternit, Areva, Saint-Gobain…
Le pire est à venir
« Régulièrement, le non-respect de la réglementation est constaté », explique François Deriaux, président de l’Andeva (Association nationale de défense des victimes de l’amiante). « Malheureusement, si la réglementation concernant la prévention est plutôt bonne, son application fait souvent défaut. » L’association, qui continue son combat, entend maintenir la pression pour que ces malades, victimes condamnées par des industriels « délinquants » qui, en dépit des connaissances actuelles sur les dangers effroyables de l’amiante, continuent à considérer la santé de leurs salariés comme anecdotique. Chaque année, 3.000 victimes contractent une maladie liée à cette poudre de diable… Le pire est à venir…
Quelques chiffres
– 3.000 décès par an causés par l’amiante.– On estime à 100.000 le nombre de morts entre 1995 et 2025 en France et à 500.000 en Europe.– Le coût annuel d’indemnisation de ces pathologies s’établirait entre 11,7 et 22 milliards d’euros pour les vingt prochaines années. Evaluation portée à 37 milliards d’euros si l’on tient compte des coûts liés aux départs anticipés des salariés.– Entre juin 2006 et mai 2007, le Fiva a enregistré un total de 22.681 demandes d’indemnisation, soit une moyenne de 1.890 demandes par mois, toutes demandes confondues.– 70 % des malades sont âgés de 51 à 70 ans.

Aucun commentaire: