samedi 4 avril 2009

L’Europe prolonge les dérogations de l’amiante


L’utilisation de ce matériau cancérogène est toujours autorisée par la Commission européenne, alors qu’une étude confirme sa nocivité.
Le combat d’Henri Pézerat, l’un des premiers chercheurs (CNRS) à avoir dénoncé les dangers sanitaires de l’amiante et décédé en février, est loin d’être terminé ! Si l’Europe a officiellement banni l’utilisation de ce minéral en 2005, la Commission européenne vient en effet de prolonger des dérogations pour des industriels de la chimie en Suède, Allemagne, Bulgarie et Pologne. Et ce jusqu’à ce que leurs produits « atteignent la fin de leur vie utile ou jusqu’à ce que des substituts appropriés sans amiante deviennent disponibles ».
Pourtant, ces substituts existent déjà. Ils sont notamment employés en France, pays qui a décidé l’interdiction de ce minéral en 1997. Dans la foulée, Bruxelles a prolongé l’autorisation de vente, d’importation et d’utilisation des produits amiantés fabriqués avant le 1er janvier 2005. L’influent lobby pro-amiante canadien s’en est réjoui : « C’est une ouverture allant à contre-courant de ce qui a été martelé négativement ces dernières années, explique le député canadien Yvon Vallières. Nos démarches commencent à porter leurs fruits. » À l’instigation du Canada, des pays utilisateurs ont déjà obtenu en novembre que l’amiante ne soit pas inscrit sur la liste des produits dangereux, dans le cadre de la convention de Rotterdam. Une aubaine pour le premier exportateur mondial qui vend ses fibres aux pays émergents.
Le principal lobby local, l’Institut du chrysotile (forme d’amiante exploitée au Canada), vient en revanche de reculer en France. Il renonce à sa plainte en diffamation contre l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) qui l’avait qualifié en 2007 d’« organisme de propagande et de corruption ». « Ils ont eu peur d’un grand débat public sur la question », analyse Alain Bobbio, son secrétaire national, qui poursuit : « Nous continuerons à dénoncer leur politique criminelle de promotion au mépris des études scientifiques. »
Précisément, de nouveaux risques viennent d’être soulignés par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). Douze ans après la grande étude de l’Inserm, qui avait conclu au rôle cancérogène des fibres longues d’amiante (FLA, voir Repères) l’agence a évalué les risques des fibres courtes (FCA) et des fibres fines (FFA), désormais mesurables grâce aux progrès de la microscopie électronique.
Conclusion : les FFA, présentes notamment dans d’anciens revêtements de sol, sont aussi dangereuses que les fibres de plus grosses dimensions. Le risque n’est pas évident pour les FCA, mais il ne peut être exclu. L’agence conseille donc de renforcer la réglementation et d’abaisser les seuils de tolérance. Le gouvernement français a décidé de suivre ces recommandations.
admin.ch afsset.fr
Repères Fibres courtes d’amiante (FCA) : diamètre inférieur à 3 micromètres (µm), longueur comprise entre 0,5 et 5 µm, selon l’OMS. Fibres longues (FLA) : même diamètre, longueur supérieure à 5 µm. Fibres fines (FFA) : diamètre inférieur à 0,2 µm.
Sciences et Avenir

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