Au sein de l’entreprise Amisol – la manufacture
d’amiante de Clermont-Ferrand, qui a fermé ses portes en 1974 –, les employés
chargeaient l’amiante à la fourche [1]. Les ouvrières et les ouvriers
respiraient au quotidien un air saturé de fibres mortelles. Des conditions de
travail effroyables « qui
ont semé et sèment encore aujourd’hui la maladie, la souffrance et la mort
parmi le personnel », rappelle l’Association nationale de défense des
victimes de l’amiante (andeva).
L’impunité des dirigeants de l’entreprise semble prendre fin. « Aujourd’hui, l’espoir
demeure de voir enfin Claude Chopin, fils de l’actionnaire principal et dernier
directeur de l’usine, sommé de répondre de ses actes devant un juge pénal au
tribunal correctionnel », se réjouissent les associations Ban abestos
et Henri Pézérat.
La cour de Cassation
vient en effet de rendre un arrêt qui annule le non lieu dont avait bénéficié
Claude Chopin en février 2015. À l’époque, les juges avaient noté l’absence de « charges suffisantes contre
Claude Chopin d’avoir commis des blessures et un homicide involontaire ».
Le directeur d’Amisol « avait
le devoir, en sa qualité de chef d’établissement et employeur (…) de s’assurer
personnellement du respect constant de la réglementation en matière d’hygiène
et de sécurité des travailleurs et avait la charge de mettre en œuvre les
mesures de protection », répond aujourd’hui la cour de Cassation.
Déjà 20 ans de
procédure !
Les huit victimes
d’Amisol qui ont porté plainte en juillet 1996, n’imaginaient pas un instant qu’elles
s’engageaient dans une procédure qui durerait si longtemps [2]. En 1998, lorsque le juge
d’instruction chargé de l’enquête procède aux premières auditions, leurs
avocats Jean-Paul Teissonnière et Sylvie Topaloff, expriment même leur espoir
de voir l’instruction « aller
vite et loin, de façon cohérente et résolue ».
Dès l’année suivante,
Claude Chopin, est mis en examen pour « empoisonnement
et voies de fait ayant entraîné la mort, homicide involontaire, coups et
blessures involontaires, abstention délictuelle ». Depuis, la Justice
en fait d’aller « vite et
loin », patine et s’enlise. Aidée en cela par les politiques, qui font
tout leur possible pourfreiner le dossier. En février 2013, la chambre
de l’instruction de la Cour d’appel de Paris prononce un premier non-lieu,
estimant qu’à l’époque des faits il n’existait aucune obligation particulière
de sécurité en matière d’amiante permettant les poursuites contre M. Chopin.
La Cour de cassation avait désapprouvé cet argument, et cassé ce premier non
lieu en 2014.
« En réclamant un
non-lieu, Claude Chopin pensait échapper à ses responsabilités, en prétendant
qu’il ignorait le danger et qu’il n’avait eu ni le temps ni les moyens
financiers de protéger le personnel. En réalité, il connaissait depuis des
années l’empoussièrement massif des ateliers, rappelle l’Andeva. Il
avait le choix d’arrêter les machines à défaut d’installer les protections
nécessaire. En ne le faisant pas il a sciemment exposé le personnel à un risque
mortel. » En février
2015, la chambre d’instruction de la cour d’Appel de Paris a quand même
prononcé un second non lieu à l’encontre de Claude Chopin. Qui vient donc, à
nouveau, d’être cassé. « Après
une aussi longue attente, un peu de justice », s’est réjouit le comité
amiante prévenir et réparer (Caper). Avant de préciser : « Cette décision ne sera pas
entendue par toutes les victimes plaignantes. L’amiante et ses maladies ont été
plus rapides que les tribunaux ».
Source : http://www.bastamag.net/
Nous avons une pensée émue à la mémoire d'Henri PEZERAT, décédé avant d'avoir vu la justice se pencher sur cette catastrophe sanitaire qu'il a dénoncée sans effet, une grande partie de sa vie.
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